En septembre 2006, une "Task Force Mineral Resources in Central Africa" était créée par le ministre des Affaires étrangères, Karel de Gucht, pour" inverser la logique" qui veut que les ressources du Congo entretiennent des guerres.

La Task Force comprend une douzaine de personnes d'horizons différents, qui doivent donner des avis essentiellement scientifiques pour aider la prise de décisions politiques.

Elle s'intéresse notamment aux possibilités de certification et de traçabilité des ressources minérales en vue de lutter contre leurs exploitation et exportation illégales. Un dossier auquel s'était déjà attelée la section Géologie du Musée de Tervuren, à l'initiative du ministre de la Politique scientifique, Marc Verwilghen. Mais qu'est-ce qui est possible ? Nous l'avons demandé à Thierry De Putter, géologue au Musée de Tervuren et co-président de la Task Force.

Ainsi, pour le cobalt, par exemple, "la seule manière de procéder est, à mon sens, d'introduire un certificat à la sortie des carrières et de travailler avec de très gros volumes (une tonne), ce qui empêche les mélanges de diverses origines. Aujourd'hui, les négociants travaillent souvent avec des sacs de 50 kilos, transportés vers des dépôts où ils sont mélan gés".

Regrouper les creuseurs

La majeure partie de la production de cobalt congolaise provient du travail des artisans. Or ceux-ci ne peuvent produire d'aussi grandes quantités à la fois. "Nous pensons que l'on peut encourager la formation de coopératives de creuseurs", répond M. De Putter, "avec statut, protection et possibilité de participer au marché dans de meilleures conditions. Aujourd'hui ces conditions sont assez sauvages et les artisans reçoivent une très petite partie de l'argent qui est gagné sur ces minerais".

Hors de Belgique, on travaille aussi à la certification de l'or, du platine, du niobium; le diamant a été pionnier avec le processus de Kimberley. "Dans un premier temps, le plus facile est une certification bona fide - comme celle de Kimberley", explique le géologue. "C'est un système imparfait - on peut trafiquer le certificat - mais rapide à mettre en place. Après, il faudrait arriver à une certification analytique (essentiellement chimique). Cela augmenterait la transparence et cela mettrait ces minerais en accord avec le programme Reach voté par le parlement européen qui doit certifier la non-nocivité de toutes les matières premières importées en Union européenne".

Un grave problème social

Presque tous les minerais de l'arc cuprifère katangais sont, à des degrés divers, radioactifs. "L'Etat congolais a mis en place un contrôle de la radioactivité à l'exportation par une société privée qui vérifie les cargaisons à la sortie vers la Zambie, Kasumbalesa. Mais il y a encore des efforts à faire pour éviter l'exportation illégale de matériaux radioactifs et le travail dans des carrières", explique le géologue.

On sait que les autorités congolaises chargées de faire respecter la loi de protection sont parfois elles-mêmes patrons de mineurs clandestins et tirent donc profit de sa non-application. "Je pense que les gros groupes miniers vont juguler eux-mêmes les problèmes de vol et de fraude. L'effort doit porter sur le secteur artisanal. Pour cela, il faut une volonté politique; je suis raisonnablement optimiste à ce sujet, le futur probable gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi, ayant le soutien de la présidence et s'étant engagé dans cette voie",

Actuellement, le code minier congolais ne prévoit pas ce qu'il faut faire lorsque des mineurs artisanaux travaillent sur des sites acquis par des compagnies minières. Régulièrement, des heurts (parfois mortels) ont lieu. "C'est un problème très grave",

© La Libre Belgique 2007