Des rumeurs insistantes circulaient hier à propos de l'augmentation de capital que doit lancer Fortis pour financer sa part (24 milliards d'euros) dans le rachat d'ABN Amro. Le "Daily Telegrah" et le "Wall Street Journal" affirmaient que le prix d'émission serait de 15 euros. Ce qui représenterait une décote de 41 pc par rapport au cours de jeudi (26,63 €). Toujours selon ces mêmes journaux, trois actions existantes permettraient de souscrire à deux nouvelles.

Du côté de Fortis, on se refusait à faire le moindre commentaire. On devrait en savoir plus ce vendredi. En effet, le temps presse puisque l'offre du consortium dont Fortis fait partie aux côtés de Royal Bank of Scotland et Santander doit être clôturée le 5 octobre (un jour après celle de Barclays). Et si Fortis veut avoir les fonds nécessaires, il lui faut lancer l'opération au plus tard d'ici quelques jours.

Aussi énorme paraît-elle, une décote de 40 pc avait déjà été avancée par certains analystes financiers. "Dans une opération normale, la décote tourne autour des 10 pc. Mais dans ce cas-ci Fortis ne peut pas se permettre de rater son opération", souligne Bruno du Bus, directeur chez Puilaetco Dewaay.

Reste à voir quel montant entend lever le groupe. Va-t-il maintenir le chiffre de 13 milliards d'euros ? Ce qui suppose une énorme dilution des actionnaires actuels. Il faudrait émettre environ 870 millions nouvelles actions, soit deux tiers du nombre actuel (1,3 milliard de titres)

Der des der pour ABN

Du côté d'ABN Amro, on semble se faire une raison de la victoire du consortium. Les actionnaires ne sont pas venus tellement nombreux jeudi à ce qui pourrait avoir été la dernière assemblée de la banque néerlandaise : seuls 4,6 pc du capital étaient représentés. Il est vrai que l'AG n'avait pas de vote à l'ordre du jour, juste une présentation sur la reprise de la banque et sur les offres des candidats.

Plus personne ne doute que l'offre de la banque Barclays sera battue par celle du consortium. La première est valorisée à environ 60 milliards d'euros (dont plus de la moitié sous la forme d'échange d'actions), contre environ 71 milliards (dont 90 pc en cash) pour la deuxième.

"En comparaison avec l'offre du consortium, celle de Barclays est trop basse. Nous ne pouvons vous demander de combler la différence avec votre porte-monnaie", a reconnu Rijkman Groenink, le patron d'ABN Amro.

Mais ce dernier a aussi dit tout le mal qu'il pensait de l'offre du consortium. "C'est une offre qui démantèle la banque. Nous ne voulons pas soutenir une offre qui démantèle la banque", a-t-il indiqué.

De fait, on s'achemine vers la fin d'ABN Amro, une banque (née de la fusion entre ABN et Amro) dont les origines remontent à 1824.

M. Groenink, qui devrait démissionner dès que l'offre du consortium sera achevée a rendu hommage, hier, à la banque, ses 25 millions de clients et ses 100 000 employés qui doivent selon lui travailler dans des conditions difficiles.