On les imagine plus facilement dans une loge du Palais des Beaux-Arts ou partageant une coupe de champagne lors d’un entracte à La Monnaie. Qu’on y aille par passion de la musique classique et de l’opéra, ou parce que ça se fait dans un certain milieu, peu importe : cela n’empêche pas certains hauts responsables d’entreprise d’être des mordus de musique rock.

D’aucuns, et non des moindres, troquent ainsi leur complet veston croisé prince de Galles de fonction contre un blouson de cuir, mais nécessairement noir, pourvu qu’il soit un peu élimé, au niveau du vécu. N’allez surtout pas croire qu’il s’agit d’un déguisement quelconque, ou d’une volonté de passer inaperçu au milieu de la plaine de Werchter. Non, c’est une rock’n’roll attitude pleinement assumée.

On notera que le rock, du prog au metal en passant par le punk, entraîne assez peu de conflits de générations. Cela, c’était avant, quand le rock était perçu comme une vraie rébellion par des parents dont les enfants se délectaient de "musique de sauvages", voire de "dévoyés", comme le laissaient voir les déhanchements d’Elvis.

La musique en partage

Non, de nos jours, le rock est plutôt une passion qui se partage, un témoin qui se passe : on emmène les enfants voir Springsteen ou assister à Werchter et, en retour, les jeunes générations vous font part de leurs découvertes. Idem entre amis. Certains, comme Bernard Delvaux (Sonaca) et Eric Mestdagh (du groupe qui porte son nom) font partie d’un groupe WhatsApp pour s’échanger des musiques et, parfois, se retrouver au concert.

Si tout le monde se souvient de son premier disque acheté avec le premier argent de poche ou reçu à Noël, les goûts varient bien évidemment. En Belgique, on a toujours eu un faible pour le rock progressif, à commencer par Genesis, mais aussi Yes, Pink Floyd, Soft Machine, Emerson Lake&Palmer. Mais à cela, certains préfèrent le rock pur et dur, carré, ravivé par le punk, pérennisé par le hard rock. Ce qu’on a appelé la new wave continue de diviser : il y a les pro et les anti-Simple Minds. Inversement, quelqu’un comme Louis Bertignac, guitariste de Téléphone, fait quasi l’unanimité.

Quoi qu’il en soit, tout le monde a la bande-son de sa vie, les responsables d’entreprise aussi. Tout le monde fait des centaines de kilomètres pour voir son chanteur ou groupe préféré et le revoir dix, vingt, trente fois. Les raisons de ces affinités ? Allez savoir ! Tout cela remonte au cœur de la sensibilité, des émotions, celles-là mêmes que plusieurs grands patrons ont accepté de partager avec nous, prenant le risque de se montrer sous un angle méconnu, de se dévoiler.

Entreprenants dans leur métier, la plupart des patrons rock’n’roll restent avides de découvertes. L’écoute en ligne, via des sites comme Deezer, Qobuz, Spotify ou Tidal, permet cela, pour autant que l’on ait une bonne base de connaissance. Le temps des déplacements, souvent en voiture, favorise aussi la curiosité musicale. Tous ont en commun de consacrer beaucoup de temps à leur activité professionnelle. Comme le sport, la musique permet aux grands responsables d’équilibrer une vie qu’elle enrichit d’émotions parfois très fortes.

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