En 2006, les petites et moyennes entreprises seront encore plus nombreuses à pousser les portes de la Bourse de Bruxelles. Par contre, du côté des sociétés de taille plus respectable, la tendance s'inverse: les responsables du marché continu ne s'attendent pas à procéder à davantage d'IPO's («Initial Public Offerings», c'est-à-dire les introductions en Bourse) cette année. Ce serait même plutôt le contraire: «Même si l'on n'en est encore qu'au stade des discussions informelles, on a l'impression d'être moins sollicité que l'an dernier», explique Pierre Drion, patron de Petercam, société de Bourse qui se charge notamment de la mise en oeuvre d'IPO's.

Pourquoi une telle désaffection des grandes entreprises qui ne sont pas encore cotées ? Plusieurs éléments peuvent l'expliquer. A commencer par... les introductions en Bourse des années précédentes. «Le vivier avec lequel on travaille n'est pas inépuisable, fait remarquer Patrick Moermans, administrateur chez Degroof Corporate Finance, spécialiste de l'organisation d'IPO's. Le nombre d'entreprises qui attendent d'entrer sur le marché réglementé n'est pas infini. Après quelques grosses introductions en Bourse, telles que celles de Belgacom, Elia et Telenet, nous n'avons plus de dossier d'envergure à l'agenda. 2006 devrait donc être une année moyenne, sans plus.»

Un autre facteur s'ajoute à cette pénurie de candidats potentiels. Les prévisions économiques et financières pour l'année 2006 ont pu refroidir ceux qui songeaient à une introduction en Bourse. Si, globalement, les prévisions restent optimistes, les analystes estiment que la deuxième partie de l'année pourrait s'avérer moins profitable que la première.

Autre explication possible de la frilosité des candidats à la cote: ils ont pu être échaudés par la mésaventure de Telenet. Après être entré en Bourse au prix de 21 euros par action, le groupe flamand de télécommunications a vu son titre chuter. Il vaut désormais moins de 16 euros. «Cela a provoqué un énorme traumatisme parmi les candidats à l'entrée en Bourse, précise Pierre Drion. Même si l'IPO de Zetes, qui a donné un meilleur résultat, a un peu rattrapé la sauce. Ce n'est peut-être pas l'unique explication mais cet épisode a incontestablement eu des répercussions négatives.»

Finalement, 2005 n'a pas été une année record pour les introductions en Bourse. «A part l'une ou l'autre opération de grande envergure, le marché a maintenu un régime de croisière au point de vue des IPO's», constate Patrick Moermans.

Les petits en veulent encore

En tout, l'an dernier, la Bourse de Bruxelles a accueilli treize nouvelles cotations dont six concernaient le Marché libre, segment d'Euronext destiné aux petites et moyennes entreprises, ouvert depuis un peu plus d'un an à peine (lire ci-dessus). En 2006, le Marché libre devrait encore accueillir de 10 à 20 entreprises. Parmi les candidats avoués, citons Pharmadeal-Prodis, Bruxelles Gourmand, ABC Chemicals, Pharco, PNS, Option Trading Cy, Archimedes, SCF ou encore Neuhaus. Quant à Sodiplan, elle sera officiellement admise à la cote dès le 12 janvier.

Et ce n'est pas tout. Un nouveau segment devrait voir le jour au printemps: Alternext. Comme le Marché libre, il sera dit «non réglementé», ce qui permettra aux entreprises cotées sur ce segment d'échapper aux lourdes formalités imposées aux sociétés cotées sur l'Eurolist (le marché «classique»), telles que la tenue d'une comptabilité selon les normes IFRS. «On devrait compter entre 5 et 10 entreprises cotées sur Alternext en 2006», prévoit Frédéric de Laminne, responsable des marchés non réglementés d'Euronext Bruxelles. La différence entre ce nouveau segment et le Marché libre? Pour y figurer, il faudra répondre à certaines conditions supplémentaires, comme disposer d'un «flottant» (le capital négociable sur le marché) de 2,5 millions d'euros au moins.

© La Libre Belgique 2006