Les pièces de 1 et 2 centimes d'euros se raréfieront bientôt dans les porte-monnaie belges: le conseil des ministres a approuvé vendredi le projet de loi autorisant à arrondir le montant total d'un paiement en euros au multiple de 5 centimes le plus proche, a annoncé la ministre des Classes moyennes Sabine Laruelle. Ainsi, si le montant total à payer se termine par un 1, 2, 6 ou 7 cents, il pourra être arrondi au multiple de 5 cents inférieur le plus proche. S'il se termine par 3, 4, 8 ou 9 cents, il pourra l'être au multiple de 5 cents supérieur.

Ces arrondissements tantôt à la hausse tantôt à la baisse aboutissent à une neutralité financière pour le consommateur, souligne la ministre MR. L'intérêt est double: "pour les commerçants, fini les manipulations et les soucis d'approvisionnement, et pour les consommateurs, fini ces piécettes qui encombrent le porte-monnaie", relève Mme Laruelle.

En octobre dernier, le ministre des Finances Koen Geens avait déjà dit étudier un projet en ce sens. Une suppression pure et simple n'est pas envisageable. La force légale de ces pièces est en effet établie dans un règlement européen que la Belgique ne peut limiter de son propre chef. La Commission européenne, elle, avait dit étudier quatre scénarios: statu quo, réduction du prix de revient de la frappe des piécettes, élimination radicale et, variante plus douce, lente disparition de la circulation après arrêt de la production.

L'exécutif européen évalue à 1,4 milliard d'euros le coût de la frappe des pièces de 1 et 2 centimes d'euros depuis 2002. Leur prix de revient est ainsi supérieur à leur valeur faciale. Selon la Banque Nationale, l'arrondissement "symétrique" vers le haut comme vers le bas n'encourage pas l'inflation et réduira le nombre de pièces en circulation.

La Belgique n'est pas le seul pays de la zone euro à s'engager sur cette voie. Dès 2002, la Finlande a opté pour l'arrondissement aux 5 cents les plus proches. Aux Pays-Bas, les règles d'arrondis n'ont finalement pas vu le jour, mais la limitation des petites pièces - et leur disparition de facto - n'a pas conduit à une augmentation des prix.

On compte en Belgique 120 pièces d'1 et 2 cents en circulation par habitant. Ces pièces sont frappées, acheminées vers les banques, livrées aux commerçants pour aboutir chez les consommateurs qui souvent vident leurs poches quand ils rentrent chez eux et sont nombreux à ranger les petites pièces dans une tirelire, leur ôtant ainsi une bonne part de leur utilité.

L'Eurobaromètre 2012 montre que 91% des consommateurs belges ne veulent plus des pièces d'un centime et 83% pensent la même chose pour les pièces de 2 centimes. Le projet doit encore passer au parlement.

Comeos satisfait

Comeos, la fédération du commerce et des services en Belgique, est satisfaite de la décision du gouvernement qui a approuvé un projet de loi autorisant à arrondir le montant total d'un paiement en euros au multiple de 5 centimes le plus proche. "Le commerce espère maintenant savoir rapidement quand la mesure entrera en vigueur", souligne Comeos vendredi dans un communiqué. Pour le commerçant, la disparition des pièces de 1 et 2 cents est une bonne chose, selon Comeos. "Nous y avions posé trois conditions", indique Dominique Michel, administrateur délégué de Comeos. "Leur retrait devait être progressif, l'arrondi ne devait être effectué que sur le montant total facturé à la caisse et la règle devait s'appliquer à tous les modes de paiement. Donc aussi aux paiements par carte". Le conseil des ministres a retenu ces trois conditions, estime Comeos.

Test-Achats redoute des arrondissements "préventivement" à la hausse

L'association de défense des consommateurs, Test-Achats, craint que "certains commerçants profitent pour arrondir 'préventivement' leurs prix à la hausse", à la suite de la décision du gouvernement qui a approuvé un projet de loi autorisant à arrondir le montant total d'un paiement en euros au multiple de 5 centimes le plus proche. "Il est en effet incontestable que ce risque ne peut être écarté, d'autant plus que la fixation des prix est libre dans la plupart des secteurs", souligne Test-Achats. "Si des mesures sont prises, elles devraient être harmonisées pour toute la zone euro. A ce jour, seuls la Finlande et les Pays-Bas ont pris des initiatives dans ce sens. Quoi qu'il en soit, Test-Achats ne comprend pas la précipitation avec laquelle cette mesure a été adoptée par le conseil des ministres, sans aucune concertation préalable avec les consommateurs et leurs représentants", explique encore l'association.

Selon Test-Achats, d'autres initiatives auraient pu être encouragées pour stimuler la circulation de ces pièces (par exemple, certaines grandes surfaces disposent d'automates qui trient et comptent la monnaie et qui donnent en échange un bon d'achat). Une autre idée défendue par Test-Achats est celle de l'interdiction des surcharges (frais qui sont parfois comptés si on paie un petit montant par carte). "Cela augmenterait certainement le nombre de paiements par carte dans les commerces de détail", estime TA.