Correspondant en Allemagne

Depuis que le conseil central d'entreprise de Volkswagen a porté plainte lundi contre le modèle de cogestion de Porsche Holding, le conflit larvé entre Wolfsburg et Stuttgart, siège de Porsche, a éclaté au grand jour. Il est exceptionnel en Allemagne que les représentants ouvriers d'un grand groupe traînent en justice un grand actionnaire.

Actuellement, Porsche possède 31 pc de Volkswagen. Le patron Wendelin Wiedeking a déjà annoncé qu'il prendrait la majorité de 50,1 pc quand la Cour de justice européenne de Luxembourg annulerait comme prévu la loi allemande sur Volkswagen plafonnant à 20 pc le droit de vote d'un actionnaire. Cela, le président du conseil central d'entreprise de VW, Bernd Osterloh, le sait depuis longtemps et il n'y est pas du tout opposé : un grand actionnaire comme Porsche écarte un "prédateur".

Ce que Osterloh n'a pas vu à temps, c'est que Wiedeking a imaginé un modèle de cogestion diminuant considérablement l'influence des représentants ouvriers de VW dans le nouvel ensemble. La société de Stuttgart prépare, en effet, la naissance de Porsche Holding, société de droit européen, qui coiffera Porsche et Volkswagen. Au conseil de surveillance de la holding figureront 12 personnes, six patrons et six délégués du personnel, dont trois de Volkswagen et trois de Porsche. Osterloh demande de quel droit les 12 000 salariés de Porsche "auront le même poids que les 324 000 collaborateurs du groupe Volkswagen". Pour lui le modèle prévu est "un coup en pleine figure des ouvriers de VW", absolument contraire au "principe démocratique de l'économie de marché et à la cogestion allemande".

Le conseil d'entreprise de Porsche, lui, appuie Wiedeking, qui a assaini l'entreprise au début des années 90 et n'a cessé d'embaucher par la suite.

Osterloh a aussi demandé au tribunal du travail de Stuttgart d'interdire l'inscription de Porsche Holding au registre commercial. Un porte-parole du tribunal a annoncé une audition pour le 24 octobre. "Nous devons nous rencontrer aussi rapidement que possible", s'est manifesté, très mollement, Martin Winterkorn, le président du directoire de Volkswagen.

Par le passé, Ferdinand Piech, président du conseil de surveillance, et les représentants ouvriers ont fait la loi chez VW. Maintenant, on a l'impression que l'énigmatique Piech laisse faire Wiedeking. Il y a dix jours celui-ci s'était déjà attiré les foudres du syndicat IG Metall en annonçant qu'après la prise de la majorité dans Volkswagen, il y sacrifierait des "vaches sacrées", par quoi il faut comprendre les accords salariaux de VW très supérieurs à la moyenne du secteur automobile allemand.