Voici un peu plus de deux mois que les horaires de la SNCB ont été profondément modifiés. Depuis, ce fameux "nouveau plan de transport" est très largement décrié à différents endroits de la carte belge. "La Libre" propose de revenir aujourd’hui sur ces pierres d’achoppement en Wallonie. Mais aussi sur les adaptations d’ores et déjà apportées par la SNCB. Celle-ci nous a communiqué les dernières adaptations en date quant aux problèmes soulevés par l’enquête de satisfaction menée par l’association d’usagers Navetteurs.be.

La société de transport continue d’affirmer que les horaires ne peuvent plus être modifiés avant l’avènement du prochain plan annoncé pour 2017. Ce que contestent certaines voix politiques (au CDH et chez Ecolo) qui estiment que le plan pourrait être modifié dès le mois de juin prochain. Jacqueline Galant, la ministre fédérale de tutelle sur la SNCB, annonce une task force chargée d’évaluer en permanence le service offert aux voyageurs et insiste sur le fait que les critiques nombreuses qui sont aujourd’hui formulées seront prises en compte dans l’élaboration du plan de 2017.

Transport de masse vs transport rural

Mais quels sont exactement les problèmes sur lesquels la SNCB peut agir sans modifier fondamentalement le plan de transport ? Une des critiques formulées à son égard concerne la suroccupation des trains. La SNCB a opéré quelques aménagements à cet égard. "Nous avons augmenté le nombre de places assises dans les quarante trains qui souffraient de suroccupation" , détaille Nathalie Pierard, porte-parole de la SNCB. La méthode utilisée est assez simple : des wagons des lignes sous-occupées ont été transférés sur des lignes les plus bondées. "Il reste encore quelques problèmes sur lesquels nous sommes en train de travailler" , poursuit Nathalie Pierard. Pour le reste, nous verrons que dans des cas précis, la SNCB se contente d’optimaliser l’organisation des départs des trains afin d’en limiter les retards au maximum.

L’enquête de Navetteurs.be révèle plusieurs motifs d’insatisfaction, au premier rang desquels on trouve des retards répétés, des suppressions importantes de trains.

De son côté, le CEO de la SNCB s’est montré plutôt satisfait de la mise en œuvre d’un plan qui aura nécessité quatre ans de travail. Le mécontentement se concentre pour l’heure toujours autour de la gare de Mons, pour laquelle un travail est en cours mais également sur l’axe Liège-Luxembourg. Plus globalement, le plan de transport est attaqué sur sa philosophie qui nuirait aux lignes peu fréquentées (les lignes rurales) afin de renforcer "le transport de masse" reliant les grandes villes du royaume.

© IPM

Mons, nœud ferroviaire en souffrance

Le nouveau plan de transport n’a pas fondamentalement détérioré la desserte SNCB en gare de Mons et alentours. Par contre, il a mal évalué l’impact des travaux en cours qui font sortir de terre la nouvelle gare Calatrava. Ces travaux ont fait passer le nombre de voix disponibles en gare de sept à quatre dont une en cul-de-sac, ce qui n’est pas sans causer quelques problèmes d’organisation. "Le timing des mouvements des trains a été mal évalué , indique Nathalie Pierard pour la SNCB. Ce qui provoque des retards systématiques au départ des trains. Au cours du parcours, les retards s’accumulent si bien qu’ils peuvent monter à quinze minutes à l’arrivée."

Retards dans six villes

Pour remédier au problème, la SNCB est occupée à réorganiser "le parcage" des trains destinés à la gare de Mons. Ce qui induit d’ores et déjà des améliorations, indique Nathalie Pierrard. "La ponctualité était descendue à 70 % à Mons, cette réorganisation a permis de faire monter ce taux à 79 %" , assure-t-elle.

Une ponctualité toujours largement insuffisante, bien sûr.

A l’occasion d’une enquête plus fine auprès des voyageurs, Navetteurs.be a identifié des motifs d’insatisfaction dans d’autres gares directement reliées à celle de Mons. Ainsi la liaison de la Cité du Doudou avec Bruxelles est largement dégradée par les problèmes rencontrés en gare de Mons. Navetteurs.be identifie six localités dont la desserte a été impactée négativement : Soignies, Saint-Ghislain, Frameries, Braine-le-Comte, Jemappes et Quaregnon. Pour rester dans la région, signalons la desserte directement affectée par le plan de transport à Tubize qui doit déplorer un train P en moins.

En Hainaut, Ath a également perdu une liaison directe avec la capitale.

A Beauraing, une détérioration du service aux élèves pour leur trajet domicile/école a été constatée. "Elle ne concerne que vingt-deux voyageurs", tempère Nathalie Pierard qui indique, par ailleurs, que la nouvelle liaison Bertrix/Dinant/Namur (contre Bertrix/Dinant avant le 14 décembre) a permis de faire gagner trois cents voyageurs quotidiens à la SNCB sur cette ligne.


Les écoliers victimes des nouveaux horaires

Nombre d’élus locaux se sont fait les relais d’un mécontentement presque palpable en province du Luxembourg. Pour cause, cette région est la moins densément peuplée de Belgique et fait les frais de l’esprit du nouveau plan de transport.

Celui-ci entend en effet privilégier les intérêts du plus grand nombre. Résultat : les premiers et derniers trains d’un certain nombre de lignes peu fréquentées ont été purement et simplement supprimées. Au Luxembourg, on déplore aussi l’allongement des temps de parcours et des adaptations horaires surtout destinées à absorber les problèmes de ponctualité chroniques que rencontre la SNCB.

Par ailleurs, le problème des étudiants fait couler beaucoup d’encre. A Arlon notamment où les écoliers sortent du train trop tard que pour arriver à l’heure en cours. Le problème concernerait dix à vingt enfants, relativise la SNCB. Qui ajoute que ce sont des travaux de modernisation des voies qui handicape cette destination. En clair, le plan de transport n’aurait rien à voir là-dedans. Il ne reste plus qu’une voix disponible sur certains tronçons de cette ligne ce qui empêche l’arrivée des élèves à une heure satisfaisante. "Ce problème sera résolu une fois les travaux terminés" , précise la SNCB.

Pas de changement d’horaires

Mais Vanessa Matz, députée CDH d’Aywaille, ajoute que le nouveau plan de transport handicape également "de nombreux étudiants qui se rendent tous les jours à Liège" sur la ligne luxembourgeoise. Elle demande depuis des semaines une modification du plan de transport au mois de juin prochain. Ce qui ne sera pas possible compte tenu de la complexité du plan et des répercussions potentielles de modifications ponctuelles sur le réseau.

En début d’année, un mécontentement était également signalé à Waremme, en direction de Bruxelles. Il était probablement dû à des problèmes techniques qui ont donné lieu à des suppressions de trains le 20 janvier et le 4 février, dans une gare globalement bien desservie, précise la SNCB.