Le conseil des ministres, réuni lundi soir en présence de l'administrateur délégué démissionnaire de Dexia Axel Miller, va examiner la situation du groupe franco-belge et mettre en oeuvre les décisions qui ont été prises concernant Fortis, a indiqué le ministre des Finances, Didier Reynders peu avant le début de la réunion.

Le gouvernement belge tiendra mardi des pourparlers avec les actionnaires de Dexia, les trois Régions et le gouvernement français.

Le conseil d'administration de Dexia s'est également réuni lundi soir à Bruxelles. La rencontre, qui avait débuté à 19h30, s'est terminée sur le coup de 21 heures. Aucun détail n'a filtré quant aux propos tenus lors de ce conseil d'administration. "La réunion est terminée mais nous ne faisons aucun commentaire", a résumé la porte-parole de la banque, Ulrike Pommée.

Selon nos informations, une des pistes envisagées pour Dexia est la mise en place d'un véhicule financier regroupant les actifs non rentables de Dexia comme la filiale américaine FSA couplée à une injection d'argent frais. Les Français seraient d'accord d'y souscrire, mais quelle en sera la contrepartie? Du côté belge, le Holding communal ne serait pas en mesure de suivre, ni Ethias. Les Régions devraient être sollicitées si cette nouvelle piste d'un renflouement se confirme et Arco aussi.

Par ailleurs, Luc Frieden, ministre luxembourgeois des Finances, a évoqué l'hypothèse d'une restructuration de Dexia cet après-midi pendant une conférence de presse à Luxembourg. "Il y a de nombreuses pistes actuellement sur la table. Une des pistes consisterait à séparer les activités françaises de Dexia du reste du groupe et de ses activités situées dans le Bénélux", a-t-il déclaré. Un scénario qui permettrait à Dexia de récolter du cash et de résoudre une situation tendue sur le plan de ses liquidités. Pour rappel, Yves Leterme rencontre en fin de journée le président français Nicolas Sarkozy et un conseil des ministres est prévu en soirée.

Cette journée est placée sous haute tension pour le groupe belgo-français. Alors que le titre Dexia plonge en Bourse - il perdait 30 pc en fin de matinée - les réunions de crise se succèdent et une rencontre est prévue à 18H00 entre Yves Leterme et Nicolas Sarkozy, président français. Un conseil d'administration est également prévu en début de soirée.

Toute cette agitation pourrait accréditer l'hypothèse qu'une opération stratégique est en cours de préparation autour de Dexia afin de stabiliser la banque, elle-aussi victime de la crise bancaire et boursière qui frappe l'ensemble de la planète. Un scénario circule avec insistance: celle d'un rachat de Dexia par la Société Générale et de la revente par cette dernière des activités de financement aux collectivités locales, métier historique de Dexia.

L'Etat français, soucieux de consolider le système bancaire français et désormais actionnaire de Dexia, pourrait pousser à une telle solution. Au total, les actionnaires français détiennent une minorité de blocage dans Dexia. Il se dit d'ailleurs que les relations sont actuellement plutôt électriques entre les actionnaires français de Dexia et les actionnaires belges (les communes, Arcofin, Ethias) qui eux pourraient avoir à cœur à préserver l'indépendance de la banque et éviter son démantèlement, à l'instar de ce qui s'est passé pour Fortis.

Reste à savoir dans l'hypothèse où ce scénario est bien réel si les autorités belges accepteront de voir une nouvelle grande banque de la place passer sous pavillon français et cela au lendemain du rachat de Fortis par BNP Paribas.

Toutefois, après une réunion ce midi entre les représentants des Régions et le Yves Leterme, la Région wallonne se veut rassurante. "Je ne vois pas à l'hypothèse d'une solution à la Fortis pour Dexia. Nous avons résolu le problème de liquidités en injectant, avec les Français, près de 6,4 milliards d'euros dans le groupe. La question est de savoir aujourd'hui comment gérer le problème de confiance. Il y a un découplement entre la valeur intrinsèque de l'entreprise et le cours de l'action", nous a confié un membre du gouvernement wallon. Il ne serait pas non plus question de demander un effort financier supplémentaire aux actionnaires de Dexia. Les points abordés ce midi concernent notamment la nouvelle gouvernance au sein de Dexia et la grande instabilité dans laquelle est plongée le secteur bancaire et financier.

De son côté, le premier ministre a souligné hier après-midi que Dexia était une banque saine mais que la crise bancaire a créé un problème de liquidités et une baisse du cours en bourse. Il faut dès lors prendre une décision et intervenir, a-t-il ajouté.

"Nous avons agi pour Fortis. J'espère que nous pourrons aussi faire quelque chose pour Dexia", a encore dit le premier ministre sans préciser quelles mesures étaient actuellement envisagées. "Nous allons examiner les choses calmement et ensuite décider", a encore commenté M. Leterme. Yves Leterme a une nouvelle insisté sur le fait que le gouvernement fait tout pour assurer la continuité de l'entreprise et ainsi protéger le personnel, les actionnaires et les épargnants.

La journée sera en tout cas longue pour tous les protagonistes du dossier Dexia….