Dans les réflexions de plus en plus nombreuses sur notre système économique en crise, une multitude de questions se posent aux écoles de gestion. Parmi celles-ci, une interrogation : les principes de management "à l’occidentale" peuvent-ils réellement être mis en pratique dans toutes les entreprises du monde, au Nord comme au Sud ? Un management qui tienne compte des réalités locales n’aurait-il pas plus de chances de réussir ?

Face aux inégalités qui creusent profondément le fossé entre le Nord et le Sud, des professeurs de l’Ichec veulent dépasser les limites de la vision économique dominante pour confronter les étudiants à la vie d’un pays du Sud. Et ce, pour comprendre comment la vie économique sur place s’ancre dans un contexte qui lui est propre, avec d’autres règles du jeu, d’autres contraintes et d’autres visions du monde. Chaque année, des étudiants de deuxième année de bachelier en gestion de l’entreprise ou ingéniorat commercial se préparent grâce à des cours, séminaires et travaux pratiques avant de s’immerger pendant un mois en Inde, au Burkina Faso ou au Bénin. Cette expérience des réalités locales contribue fortement à leur formation de futurs managers "conscients et responsables" qui géreront les entreprises de demain.

Aller sur place

L’idée de ce projet, le "Ichec Housing Project", est sans aucun doute de replacer l’humain au centre de la formation en gestion. Comment ? Au travers de trois dimensions principales :

- la dimension interculturelle : comment comprendre la variété des cultures sans les vivre sur place au quotidien ? Durant un mois complet, les étudiants auront l’occasion de partager la vie d’Indiens, de Burkinabés ou de Béninois. Ils auront été préparés à mettre "d’autres lunettes" pour comprendre comment "se pratique l’économie" ailleurs dans le monde, tantôt très formelle et proche de leurs repères occidentaux, tantôt une économie de la débrouille, informelle et qu’ils découvrent toute aussi riche que la première;

- la dimension de coopération : au travers d’un chantier concret, les étudiants se rendent utiles tout en comprenant les enjeux sociaux et environnementaux de ces pays. Mais le plus important, c’est que le travail sur place leur permette de se rendre compte qu’au Sud, c’est souvent le facteur travail qui prime sur le capital. Les chantiers sont nombreux : construction d’écoles et de maisons pour les plus démunis en Inde, chantiers de reboisement pour lutter contre la désertification au Bénin et au Burkina Faso, etc.;

- la dimension de vie en équipe : comprendre le Sud, c’est aussi entrer dans une démarche collective où l’individu n’a de sens que s’il travaille avec et pour le groupe. En partageant leur quotidien, le projet permet aux étudiants de se mettre au service des autres, que ce soit leurs camarades ou les habitants du pays d’immersion. Ils comprennent ainsi combien "le collectif" est important pour réussir un projet.

Des apprentis

Finalement, plutôt que de vouloir transposer les pratiques de gestion du Nord au Sud, le projet de l’Ichec met les étudiants dans une posture d’apprentis. Le but est de leur faire rencontrer d’autres personnes, citoyens du monde comme eux, mais qui vivent une réalité à la fois identique et complètement différente. Mais aussi de découvrir le monde d’un autre point de vue, avec ses richesses et ses pauvretés. Et au retour, de redécouvrir leur propre univers.

En définitive, comme le dirait Thierry Verhelst (ancien chargé de cours à l’Ichec), ce projet ne nous inviterait-il pas à nous questionner sur ce que nous pouvons apprendre du Sud pour nos propres pratiques plutôt que l’inverse ? Ce que nous pouvons dire, c’est que le projet a changé la vie de plusieurs anciens étudiants, il a orienté des carrières dans le non-marchand et il a aussi aiguisé la sensibilité "sociétale" de plusieurs managers de petites ou grandes entreprises, anciens du projet.