Pas si mauvais que cela" . Les chiffres de la Commission européenne le démontrent : la Belgique serait l’un des pays de la zone euro à renouer avec une (très faible) croissance en 2013 (+0,2% du PIB). Pourtant Peter Vanden Houte, chief economist chez ING, formule plusieurs craintes quant à l’évolution économique de notre pays. " On est peut-être gagnant maintenant, mais on risque d’être perdant à plus long terme" , analyse l’économiste.

Cette appréhension est relayée par la Commission qui invite la Belgique à limiter son déficit à 2,15 %, comme prévu initialement cette année. "La commission a été assez critique au niveau de la Belgique pour éviter que les politiciens belges utilisent l’excuse suivante : celle que la détérioration du déficit a été provoquée par une mauvaise croissance et qu’il ne faut donc rien faire pour le résorber en 2013.C’est le même message pour la France".

Paradoxalement, les Pays-Bas, dont les chiffres de prévisions sont plus mauvais que ceux de Belgique, reçoivent un commentaire "plus positif" que notre pays. "La Commission juge l’effort structurel beaucoup plus important aux Pays-Bas qu’en Belgique". Aux yeux de l’économiste, il y aurait donc une fourmi néerlandaise et une cigale belge. "Les Pays-Bas font plus d’austérité que la Belgique, ce qui a, pour l’instant, un impact négatif sur la croissance, tout comme la grave crise immobilière que le pays est en train de vivre." Pourtant, "à terme", les "politiques structurelles" menées Outre Moerdijk pourraient être "très bénéfiques". "Ce sont des mesures difficiles, qui ne paraissent dans un 1er temps pas porter leurs fruits, mais ont un impact considérable, une fois qu’elles ont pris leur vitesse de croisière. L’âge de la retraite a, par exemple, été augmenté à 67 ans aux Pays-Bas".

Or, en Belgique, les efforts budgétaires se limitent, selon lui, à des "mesures ponctuelles", des "one shots" . "C’est la maladie belge : on a peur de prendre des mesures structurelles, de faire des choix importants pour le futur. Mais certaines mesures vont devenir indispensables et au plus tard on les prend, au plus difficile elles seront. Là, malheureusement la Belgique rate des occasions". Comment corriger le déficit budgétaire belge ? "Le taux de taxation est déjà très élevé en Belgique, et l’augmenter serait dangereux", juge l’économiste. Il faudra donc couper dans les dépenses. "On doit se poser des questions : dans tous les budgets, on prévoit, par exemple, des augmentations de dépenses en soins de santé plus élevés que la croissance économique. Est-ce tenable ?"

Les premières à devoir se serrer la ceinture pourraient aussi être les Régions, où le nombre de fonctionnaires a "augmenté considérablement" ces dernières années. "C’est normal : leurs compétences ont été élargies avec les différentes Réformes de l’Etat. Elles ont reçu aussi davantage d’argent et pris l’habitude de dépenser beaucoup. Mais l’objectif de ces Réformes était aussi d’arriver à davantage d’efficacité. Les Régions vont dorénavant devoir apprendre à épargner. Ce ne sera pas facile, mais l’Etat va leur mettre la pression."