Au retour des vacances, on retrouve en général sa boîte aux lettres électronique inondée de centaines de messages. Problème: la majorité sont des e-mails publicitaires non sollicités. Autrement dit, des «spams»(1). Généralement inoffensifs mais franchement irritants, ces messages - la plupart du temps rédigés en anglais - tentent d'appâter les internautes avec toutes sortes de produits: des médicaments, des crédits hypothécaires, des montres de marque... Les «spams» les plus fréquents vantent les mérites de produits censés améliorer les performances sexuelles (les célèbres mails intitulés «enlarge your penis»).

Depuis quelques mois, ce phénomène du «spamming» prend des proportions inquiétantes. «Il y avait eu une accalmie en 2005 mais depuis mars de cette année, le nombre de spams est à nouveau en forte hausse», constate Johan Celis, un expert de Symantec, un des leaders mondiaux de la sécurité informatique. «L'année passée, la proportion de spams dans le volume global d'e-mails échangés était descendue de 70 pc à 60 pc mais aujourd'hui, elle dépasse à nouveau allégrement les 70 pc.»

Comment expliquer cette recrudescence alors que de plus en plus d'entreprises et de particuliers s'équipent de produits anti-spam? «Les techniques pour filtrer les spams sont de plus en plus performantes, ce qui explique la baisse de 2005, mais les spammeurs aussi recourent à des techniques plus sophistiquées que par le passé: c'est un perpétuel jeu du chat et de la souris», dit-il.

Exemple: pour contourner les filtres qui analysent le contenu des messages, les «spammeurs» envoient désormais leurs e-mails sous forme d'images. Et ce n'est pas tout: pour rendre leurs «spams» encore plus difficiles à repérer, ils décomposent ces images en des tas de petits morceaux qui changent tout le temps, en veillant bien sûr à rendre cet aspect «puzzle» invisible aux yeux de l'internaute.

Il y a pourtant déjà un énorme filtrage qui se fait à la base, au niveau des fournisseurs d'accès. La preuve: en octobre dernier, Belgacom annonçait avoir intercepté plus de 3,3 milliards de virus et de «spams» sur son réseau, avant même qu'ils n'aboutissent dans les boîtes e-mails de ses clients. «Nous communiquerons un nouveau chiffre en octobre prochain, mais on peut déjà dire qu'il sera plus élevé, car nous enregistrons une grosse augmentation du nombre de spams sur notre réseau», dit Haroun Fenaux, le porte-parole de Belgacom.

Revenus et coûts

Qu'est-ce qui pousse les «spammeurs» à envoyer ces millions de messages? «Tout simplement l'argent», répond Johan Celis. «S'il n'y a même que 0,05 pc des internautes qui réagissent positivement aux spams en commandant un produit, cela devient déjà un business rentable. On estime que certains spammeurs gagnent jusqu'à 5 000 dollars par mois.»

Pour les entreprises par contre, c'est beaucoup moins rentable. Si l'on tient compte du temps consacré par chaque employé à la lecture de ses messages, de l'encombrement de la bande passante ou encore des frais induits par l'achat d'un logiciel anti-spam, on arrive à un coût du «spam» évalué aujourd'hui entre 600 et 1 000 dollars par an et par salarié.

(1) Le mot «spam» n'est pas une abréviation mais désigne une sorte de pâté en anglais. L'expression provient d'un sketch dans lequel les Monty Python chantaient «spam spam spam spam...» de manière interminable, en couvrant les propos des autres protagonistes.

© La Libre Belgique 2006