De tous les grands groupes de l'industrie allemande, Volkswagen est certainement celui où les syndicats ont depuis toujours la plus grande influence. L'IG Metall fait alliance avec Ferdinand Piech, l'omnipuissant président du conseil de surveillance et chef de facto du principal constructeur automobile européen. Ils ont pour commun intérêt de sauver les emplacements de production allemands.

Pour ce faire, les représentants du personnel et le syndicat appuient même les projets les plus audacieux de Piech. Ils ne trouvent rien à critiquer au fait que Porsche possède déjà 28 pc du capital et pourrait l'an prochain prendre la majorité. Ils ignorent que le "patriarche" bafoue le code de bonne conduite en ayant des intérêts dans Porsche, société dominée par les familles Porsche et Piech. Bernd Osterloh, le président du conseil d'entreprise central, a avoué récemment : "Je préfère vivement comme grand actionnaire une entreprise allemande comme Porsche à un investisseur financier étranger".

Régime de cogestion paritaire

Mais Piech ne s'immisce-t-il pas trop dans la gestion du groupe ? Non, réplique Osterloh, "il est un grand spécialiste de l'auto et sait donc très bien de quoi il parle". Le renvoi brutal de Bernd Pischetsrieder ne l'émeut pas du tout. Osterloh fête son remplacement à la tête de VW par Martin Winterkorn, ami intime de Piech, en disant "que sa présence au directoire de VW depuis 2000 a montré qu'il est très capable".

Dernièrement, le journal "Frankfurter Allgemeine" a publié les photos des "quatre amis" qui dominent VW : Piech, Winterkorn, Osterloh et Jürgen Peters, le chef de l'IG Metall et vice-président du conseil de surveillance.

L'appui inconditionnel du syndicat pour Piech remonte à 1993. Nommé alors à la tête du directoire, Piech avait été confronté à des sureffectifs de 30 000 personnes. En fait, il aurait dû provoquer des milliers de départs, au prix d'une sévère bataille contre l'IG Metall. Or, l'Autrichien Piech, très porté à l'harmonie sociale, préféra abaisser le temps de travail hebdomadaire à 28,8 heures. Son directeur du personnel Peter Hartz imagina des scénarios sociaux géniaux. L'an dernier, il fut contraint de démissionner après la découverte de caisses noires ayant servi à corrompre, prostituées brésiliennes à l'appui, le conseil d'entreprise. La presse parle depuis du "marécage de Wolfsburg".

Pischetsrieder commença l'inévitable restructuration. Mais il creusa sa propre tombe en s'opposant en vain à la nomination de Horst Neumann, membre de l'IG Metall, comme directeur du personnel. Au conseil de surveillance soumis au régime de cogestion paritaire, Piech l'emporta grâce au banc ouvrier. Ce système cadenassé direction-syndicat risque de ruiner tout à fait la réputation de VW dans le monde financier. En tout cas, après le limogeage de Pischetsrieder, l'investisseur financier américain Brandes a préféré réduire de 9 pc à 1,6 pc sa participation dans VW.

© La Libre Belgique 2006