Ils avaient annoncé qu'ils seraient à peu près 3 000. Sans doute, avaient-ils intentionnellement visé un peu bas pour prévenir les déceptions. Mais quand même. Aucun des trois grands syndicats, qui organisaient la manifestation, ne pensait pas pouvoir réunir 9 000 personnes, ce jeudi matin, dans les rues de Bruxelles. D'autant que tout le monde pouvait bien comprendre dès leur réveil que la pluie ne cesserait d'arroser abondamment le cortège. "La semaine a été belle, se félicitait Claude Rolin, secrétaire général de la CSC (syndicat chrétien). On a eu deux à trois fois plus de monde que prévu à chacune de nos manifestations : 25 000 personnes à Liège lundi, 20000 à Mons mardi, 4 000 à Arlon et à Namur mercredi et 10 000 aujourd'hui à Bruxelles. Et pourtant, nous n'avons pas dû beaucoup mobiliser nos troupes".

Philippe Vandenbaebele, secrétaire régional bruxellois de la CGSLB (syndicat libéral) confirmait. "La mobilisation a été facile, concède-t-il. Il y a un sentiment d'insécurité. Les gens voient leur pouvoir d'achat diminuer, alors que la crise politique perdure depuis plus d'un an maintenant. Ils sont préoccupés".

Aucun incident à déplorer ce jeudi. A Mons, une journaliste de la RTBF avait été victime d'attentat à la pudeur et à Namur, des casseurs avaient agressé un cameraman de la télévision locale. Rien de tout cela à Bruxelles. La pluie n'a cependant pas empêché le traditionnel lancer de pétards qui, on en a eu la démonstration, explosent même quand ils sont mouillés.

Sur la place de la Monnaie, où débouchait le cortège, un podium avait été installé. C'est là que se sont tenus les discours de clôture. L'écoute était brouillée par le vent. Et la vision bouchée par les parapluies. Toutes les revendications ont été déclinées par les ténors syndicaux. "Nous voulons une baisse de la TVA sur le gaz, l'électricité et le mazout de chauffage, exposait ensuite Anne Demelenne, secrétaire générale de la FGTB (syndicat socialiste). C'est un impôt injuste puisqu'il frappe proportionnellement plus les pauvres que les riches. Il en coûterait 1,1 milliard. Il y a de l'argent. Didier Reynders propose de faire une réforme fiscale de 3,5 milliards d'euros. Nous attendons du gouvernement une réponse avant le 15 juillet". Claude Rolin embrayait. "Si on n'a rien, la rentrée sera chaude."

Question délicate. Le gouvernement n'est pas favorable à une baisse de la TVA sur les produits énergétiques. Il planchera plutôt sur une augmentation des certaines allocations sociales. Et s'attellera à une nouvelle baisse de la fiscalité dont l'ampleur sera sans doute âprement discutée.

Choc PS-Reynders

On sent d'ailleurs comme une certaine tension à l'intérieur du gouvernement. Hier après-midi, le PS a envoyé un communiqué de presse dans lequel il accusait Didier Reynders d'avoir approuvé, en Conseil européen des ministres des Finances, un texte remettant en cause l'indexation des salaires en Belgique. Le président du MR a répliqué de façon cinglante. Avançant qu'il avait au contraire défendu le mécanisme devant ses pairs européens, Didier Reynders s'est ouvertement interrogé "sur la possibilité de gouverner avec un parti qui provoque de faux débats au sein du gouvernement en interprétant un texte pour me faire dire ce que je n'ai pas dit". Le gouvernement Leterme Ier n'avait pas besoin de cela.