Les transporteurs routiers s'énervent

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P.Lo

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Les transporteurs routiers s'énervent
© Etienne Ansotte

L'ascension frénétique des cours du pétrole va-t-elle inciter les transporteurs routiers à monter au créneau ? Des bouchons feront-ils leur réapparition sur nos routes comme lors de conflits de sinistre mémoire ? Rien ne permet de l'affirmer, heureusement, même si l'Organisation des transporteurs routiers européens ne cachait pas jeudi, alors que le baril franchissait la barre des 135 dollars à Londres et à New York, qu'elle songeait à " de possibles actions ". Et si un certain énervement est perceptible depuis vendredi en Belgique...

Jusqu'ici, l'heure était à la vigilance plutôt qu'à la surenchère. Ainsi, l'Union professionnelle du transport et de la logistique, souvent en pointe, signalait-elle à la mi-mai que "l'explosion du prix du carburant a un impact considérable sur le secteur du transport" et demandait au gouvernement de faire de la lutte contre la hausse des coûts "la priorité des priorités".

D'après l'organisation professionnelle, la double indexation des salaires a entraîné une augmentation cumulée du coût salarial de 4,04 pc en quatre mois. Si l'on y ajoute que le diesel a atteint un niveau record, avec un prix minimum à la pompe de 1,421 € litre, soit une augmentation de 18,5 pc depuis le 1er janvier, ces hausses entraînent une augmentation des coûts du transport supérieure à 5 pc, a-t-elle calculé. La hausse globale du prix de revient est de 5,59 pc en cinq mois, dit l'UPTR.

"Cette situation est insupportable. La coupe est pleine", nous a déclaré vendredi Michaël Reul, secrétaire général de l'UPTR, qui invite plus que jamais les transporteurs professionnels à "se montrer attentifs à l'évolution de leur prix de revient et à répercuter l'intégralité de la hausse de coûts sur leur clientèle", autrement dit, à ne pas vendre à perte.

"Nous ne sommes pas responsables de la hausse des prix pétroliers. Nous en sommes les premières victimes. On ne peut pas faire porter aux transporteurs la responsabilité ni les conséquences de décisions politiques, régionales et européennes, aussi contestables que celles visant à augmenter les accises ou à instaurer une taxe kilométrique pour les poids lourds ", dit-il.

"Les transporteurs ne pourront pas continuer à remplir leurs obligations si la répercussion de ces coûts n'est pas intégralement acceptée par leurs clients ! A défaut, c'est le scénario du pire qui se prépare", menace l'UPTR qui n'a pas encore observé de réaction du côté du gouvernement mais qui le comprend à la fois. "Il ne faut pas se tromper de cible. Les autorités sont aussi démunies que nous. Les accises sont au minimum européen et le carburant professionnel n'existe plus dès lors. Le problème, ce ne sont pas les taxes mais le marché mondial du pétrole. Nous ne pouvons pas exiger du gouvernement qu'il agisse sur le carburant mais plutôt via les charges patronales sur les heures improductives ou en promouvant fiscalement le travail en horaire décalé."

Un client dit "niet"

Même son de cloche du côté de la Fédération royale belge des transporteurs où l'on confirme que les transporteurs ne pourront pas supporter longtemps une telle situation vu l'étroitesse des marges. "C'est finalement le client qui paiera", déclare Isabelle Demaegt, porte-parole de Febetra qui conclut par cette formule lapidaire : "Pas de paiement du surcoût, pas de transport".

A ce propos, on a appris vendredi qu'un groupe de distribution venait de faire savoir à son transporteur qu'il "refuserait toute majoration des tarifs jusqu'à la fin de l'année". Ce genre de goutte d'eau ne risque-t-il pas de faire déborder le vase ?

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