Une contribution de Roald Sieberath, Multi-entrepreneur, coach de start-up pour accélérateurs, dont LeanSquare.


Cher D.,

J’ai bien entendu ton discours l’autre soir, auprès de ce public d’aspirants entrepreneurs, qui semblaient boire tes paroles : tout le monde peut devenir entrepreneur, lancez vous !

Pas étonnant que le message résonne, surtout auprès des jeunes, désabusés de la carrière de papa, linéaire dans la même boite hiérarchique pendant 30 ans, ou désabusés…par le chômage.

En paraphrasant le proverbe persan : “L’entrepreneuriat est une ivresse plus forte encore que le vin”. Guère étonnant que l’entrepreneuriat séduise : il est devenu l’horizon rêvé de bon nombre de jeunes.


Je suis en bonne partie d’accord avec une série de ces constats, et je soutiens l’entrepreneuriat pour un large public :

- La “matière” de l’entrepreneuriat est finalement fort simple : tout pourrait tenir en quelques dizaines de pages ;

- L’entrepreneuriat est dans l’action, davantage que dans la réflexion ;

- Être entrepreneur, au sens le plus large, ne demande pas particulièrement un diplôme ; on connaît plein d’exemples d’entrepreneurs qui ont réussi en mode complètement autodidacte (et je respecte complètement ce mode de développement)


Par contre, c’est sans doute mon côté vieux sage (ou vieux singe), j’aurais tendance à faire une série de mises en garde :

- D’abord ne pas tomber dans la confusion entre “starter” (une activité ‘classique’ que l’on démarre, comme une boulangerie) et “startup” (une activité innovante, qui doit également trouver son propre business modèle)

- L’activité starter comporte ses risques (de marché, de gestion) ; la startup en comporte typiquement bien plus ;

- La gestion de l’entourage : il peut être très supportif, ou très critique, et parfois les deux, à quelques mois d’écart ;

- La gestion de ses propres ressources : le challenge de la startup, c’est de trouver son business model, et sa rentabilité, avant l’épuisement d’une des trois ressources clés de l’entrepreneur, que sont son financement, son énergie, et sa crédibilité.


Quant à dire que “tout le monde peut être entrepreneur”,.. je trouve que c’est une affirmation un peu péremptoire, aussi vraie que “tout le monde peut être professeur”, ou “tout le monde peut être chirurgien”... En ajoutant “si on le veut très très fort, et que l’on est prêt à bosser ce qu’il faut pour ça”.

On réalise alors que certains ont plus d’aptitudes que d’autres, que ce soit par tempérament, par histoire familiale, etc.

Qu’on ne se méprenne pas : l’entrepreneuriat n’est absolument pas réservé à une élite, loin de là. Mais certains auront sans doute davantage de prédispositions que d’autres. Et de ce point de vue, non, ce n’est pas pour *tout* le monde.

Amicalement,

Roald