Une contribution de Roald Sieberath, Multi-entrepreneur, startup coach et venture partner pour LeanSquare, et Professeur invité à l'UCL et à l'UNamur.

Cher F.,

Longtemps, j’ai considéré que la notion de « culture d’entreprise » était un concept un peu oiseux, réservé aux grandes entreprises, et souvent dévoyé par elles.

On se retrouve alors avec une « culture » pré-fabriquée au département RH (ou communication), qui va être lisse comme une pub photoshoppée, une déclaration sirupeuse de bonnes intentions, et s’afficher en « motivational posters » sur les murs de l’entreprise.

Les employés en voient bien le côté artificiel ; c’est quelque chose de désincarné, qui est perçu comme non-authentique, et au final ça aboutit quasiment à l’effet inverse : une sorte d’ironie caustique, inspirée des personnages des cartoons de Dilbert.

Pourtant, le concept de culture d’entreprise est bien utile, et est réel dans certaines boites ; ça se sent dans le service, dans l’efficacité. Toutes les démarches de « bonheur au travail » (comme celles poussées par exemple par Laurence Vanhée dans Happyformance) parviennent à de meilleurs résultats pour tous, en ayant respecté la liberté et la responsabilité des employés.

Dans les startups aussi, il y a forcément une culture, même si elle n’est généralement pas consciente. Et dans les meilleurs cas, elle contribue à la cohésion, à la motivation des collaborateurs, par le sentiment de valeurs et d’une aventure partagées (voir par ailleurs, le cas de Nextmoov, où c’est certainement d’application).

Je l’ai vu chez Odoo également, pépite wallonne en hyper-croissance. Même à 200 recrutements par an, le fondateur et CEO, Fabien Pinckaers insiste encore sur la culture d’entreprise, et sur l’importance de trouver des collaborateurs qui peuvent la vivre.

Culture qu’il ne résume pas en slogans, ou en posters, mais qu’il incarne lui-même : côté non bling-bling, efficacité, et foi que l’entreprise a un destin mondial, à changer la façon de concevoir les logiciels de gestion.

Et quelques pratiques développées au fil du temps : promotion interne plutôt que recruter des super profils extérieurs, création de filiales étrangères décidées parfois de façon opportuniste en suivant un manager déterminé, politique de mobilité entièrement transparente et à la carte, etc.

Les employés, en particulier les jeunes, millenials et Gen Y, sont de plus en plus attentifs à ce genre de choses : ils ne veulent plus des « Bullshit jobs », ces jobs décrits dans l’ouvrage du même nom de David Graeber, que l’on peut réaliser sans trop y réfléchir, en « pilote automatique »… et qui laissent les employés avec un sentiment de vide, et de manque de sens.

Donc oui, la « culture d’entreprise » existe aussi dans les startups. Et même si elle ne s’affiche pas en poster, elle est vécue par les employés, de plus en plus à la racine de leur motivation à travailler, et donc du succès de l’entreprise.

R.