Une contribution de Roald Sieberath, Multi-entrepreneur, startup coach et venture partner pour LeanSquare, et Professeur invité à l'UCL et à l'UNamur.

Chère P.,

Beaucoup d’entrepreneurs voient l’investisseur un peu comme un « mal nécessaire » : souvent le développement de l’entreprise ne peut se faire sans capitaux extérieurs, et donc on passe par une levée de fonds, un exercice qui est assez long et pas particulièrement joyeux.

Sur l’attitude de l’investisseur, il y aurait bien des choses à dire également. Je sors d’une semaine d’échanges avec Kauffman Fellows, un programme de développement pour investisseurs, et j’y ai vu des échanges assez divers.

Certains investisseurs ont une vision très « statistique » de la gestion de leur portfolio, en partant d’un constat drastique : 2.5% des deals sont responsables de quasi 100% des retours financiers de l’industrie du venture capital. C’est donc terriblement inégal (et cela implique également que sur plus de 90% des investissements, le VC ne gagne pas d’argent).

Une stratégie consiste donc à espérer avoir au moins un « outlier », ces cas extrêmes, qui rapportent 50 ou 100 fois la mise, rattrapant ainsi au passage l’ensemble du portefeuille. Pour multiplier les chances d’avoir un tel cas exceptionnel : multiplier les investissements, en faire 50 plutôt que 15. Vision très statistique du métier, qui présume que l’influence de l’investisseur sur le succès est plutôt faible.

D’autres VC au contraire sont persuadés qu’un investisseur peut influencer le destin des boites dans lesquelles il investit. En particulier, c’est l’approche « startup studio », où le studio « assemble » une startup, en apportant développement, prototypage, équipe. Dans ce mode plus interventionniste, on agit par expérience en espérant augmenter fortement la probabilité de réussite.

En fin de programme, nous avons été confrontés au témoignage d’une entrepreneur, qui a présenté longuement son point de vue sur le processus d’investissement. Loin des jeux statistiques et des thèses d’investissement, elle insiste sur les 3 points clés d’une relation saine entre un entrepreneur et un VC : confiance, support, et empathie.

On voit bien que pour elle, ce n’est ni une question de statistique, ni d’interventionnisme. C’est bien davantage dans la capacité à traverser ensemble une aventure humaine, souvent chahutée.

Alors, dans la salle, certains regards s’éclairent, et reviennent à cette vérité essentielle du métier : il s’agit d’investir dans l’humain, bien plus que dans des chiffres.

R.