Une contribution de Roald Sieberath, Multi-entrepreneur, startup coach et venture partner pour LeanSquare, et Professeur invité à l'UCL et à l'UNamur.

Chère M.,

Ta question renvoie à ce qui est le plus essentiel dans le métier d’entrepreneur.

Est-ce le talent d’avoir de bonnes idées ? Est-ce l’énergie de vendre ? Ou serait-ce la capacité à communiquer, à convaincre, à rallier collaborateurs, partenaires et clients à sa vision ?

Sans doute ces trois là… et bien d’autres, pour réussir sa startup.

Pourtant je suis convaincu depuis longtemps que LA caractéristique centrale dans l’entrepreneuriat est tout autre.

A l’été 2010, je revenais d’un trip au Ladakh, et à l’aéroport de Delhi, je suis tombé sur une copie de « The Fifth Discipline », un classique du business, dont c’était l’édition « 20th anniversary ». En relisant dans l’avion ce bouquin de Peter Senge (du MIT), je réalise que son argument principal, que l’ultime avantage compétitif d’une organisation c’est sa capacité à apprendre, s’applique à merveille aux startups (même s’il avait réfléchi tout ça en 1990 sur les grandes entreprises, créant au passage la notion de « learning organisation »).

Ce qui caractérise le plus la startup (et donc l’entrepreneur qui la pilote), c’est la capacité à apprendre, à considérer l’environnement, à tester, à ajuster.

(j’avais même réservé LearningStartup.net pour évangéliser là-dessus, mais Eric Ries est arrivé peu après avec « Lean Startup » qui a pris le monde de l’entrepreneuriat comme un raz-de-marée ; j’ai loupé une occasion d’être un vrai gourou de la startup… ).

Quand on y réfléchit, l’apprentissage est d’ailleurs l’étape fondamentale du « lean startup ». Ce n’est pas de faire des expériences et des tests, qui est le plus fondamental, c’est d’apprendre quelque chose du résultat !

Après avoir rencontré des dizaines, voire des centaines de startups, je n’en connais à peu près aucune qui a exécuté son plan initial sans modification. Sans cesse, il y a des cahots sur la route, et on doit ajuster, comprendre, pivoter…

Encore s’agit-t-il de tirer la bonne leçon, et là j’ai tendance à insister auprès de l’entrepreneur pour qu’il soit conscient de ses biais. Qu’il ne ramène pas les choses à ce qu’il croit, mais à ce que le marché lui dit.

Cette insistance sur l’apprentissage, je la retrouve chez Reid Hoffman (fondateur de LinkedIn, à présent VC chez Greylock), dans la série d’interviews pour son podcast « Masters of Scale ». Il y relève que les entrepreneurs à succès sont des « infinite learners », des gens qui ne cessent jamais d’apprendre. Les plus extraordinaires se délectent même de se retrouver dans des situations inconnues, difficiles, où tout est à réinventer.

Les entrepreneurs qui nous lisent se reconnaîtront sans doute dans ces traits : « à l’aise dans l’incertitude », pour naviguer le chaos propre à toute entreprise naissante.

Bon apprentissage !

R.