Une contribution de Roald Sieberath, Multi-entrepreneur, startup coach et venture partner pour LeanSquare, et Professeur invité à l'UCL et à l'UNamur. 

Cher T.,

La Belgique est un village, on le sait.

Parfois, on aurait tendance à dire « petit pays, petites gens, petites ambitions »…

Les entrepreneurs se comparent souvent à ce qu’ils voient autour d’eux : et ce sont souvent d’autres entrepreneurs, qui malheureusement « rament ». Donc celui qui s’en sort, est déjà content de lui.

Quant à celui qui parvient à grandir jusqu’à 10 employés, il est déjà admiré…

Le problème de se comparer à ses pairs, quand on est dans un bassin aussi petit que la Belgique, c’est qu’une startup avec un succès « raisonnable » peut déjà avoir l’impression d’être le roi de sa région. « La meilleure startup de gaming de la province de X »… 

Wow.

Avec ça, on n’est encore qu’une petite tache sur une carte d’Europe, une tête d’épingle sur une carte du monde.

Bien entendu, on reste libre de placer l’ambition où l’on veut : On peut avoir l’ambition de faire le meilleur produit dans une catégorie.

Ça ne doit pas être nécessairement le chiffre d’affaires ou le nombre d’employés (bien que ça soient des métriques « business » qui ont le mérite de la clarté et d’une certaine universalité).

Mais si le produit a de la valeur pour des clients nombreux, ça devrait se traduire par du chiffre d’affaire. Et des levées de fonds, qui même si elles ne sont pas un but en soi, restent un indicateur de croissance.

En Belgique, quand on fait une levée de fonds de 1M€, on est automatiquement considéré comme une « scale-up ». Aux Etats-Unis, ce serait un (petit) tour d’amorçage, et si on n’a pas levé une Series A (vers les 8 à 10 M$ à présent), c’est quasi considéré comme un échec.

Pourtant une réussite internationale reste possible chez nous aussi, avec une bonne vision, une équipe de choc, une saine ambition.
En Flandre on trouve quelques belles scale-ups qui semblent avoir trouvé le chemin de l’hyper-croissance (quasi toujours par une croissance à l’étranger) : Collibra, NG Data, Showpad, SparkCentral, Teamleader,…

On en trouve aussi à Bruxelles et en Wallonie, certes, avec des Odoo, Riaktr, Qover, Cowboy, I-Care, N-Side, Newpharma,… mais l’effet « synergie » de l’écosystème semble plus lent.

Le succès reste difficile voire impossible à provoquer par des facteurs extérieurs, ce qui oblige les coaches à beaucoup d’humilité. Tout au plus peut-on accompagner, et inspirer : c’est souvent un leader inspiré qui porte cette ambition. Les sources d’inspirations peuvent varier : l’exemple de la Silicon Valley, l’envie de changer le monde, la foi en soi et en l’avenir, ou un mix de tout ça.

Parfois, le chemin du succès, ça peut tenir à murmurer à l’oreille d’un entrepreneur à haut potentiel : « tu vois l’étoile qui brille, là ? Tu peux y arriver aussi. »

R.