Une contribution de Roald Sieberath, Multi-entrepreneur, startup coach et venture partner pour LeanSquare, et Professeur invité à l'UCL et à l'UNamur.


Cher J.,

Merci pour ton email.

Tu me rappelles que tu travailles sur ce projet (de réseau social d’un nouveau type) depuis plus de deux ans, à présent. Que tu y as déjà investi du temps, des moyens considérables…

Que tu cherches un peu de soutien pour ce que tu vois comme une « dernière ligne droite » pour boucler le développement avant le lancement tant attendu.

Nous allons examiner cela, et essayer de t’aider, bien entendu, mais permets-moi quelques réflexions.

Un entrepreneur est typiquement quelqu’un animé par une vision, un futur différent, que d’autres n’ont pas vu. Comme le « un PC sur chaque bureau » que prédisait déjà Bill Gates dans les années 70. Ou comme Pixar, qui avait vu que les dessins animés allaient passer à l’image de synthèse quand ce n’était pas du tout évident.

Donc j’ai un respect profond pour les visionnaires, et je suis conscient que pendant des années, leur vision peut sembler iconoclaste… avant de devenir la nouvelle évidence.

Cependant, ton développement « sous le radar » depuis deux ans à mon sens ne prend pas assez compte de l’évolution dans les modalités de naissance des startups :

D’un pur point de vue technologique, on favorise à présent partout les développements « agiles », c’est-à-dire par courtes itérations, plutôt qu’un long développement monolithique.

Egalement, faut-il le rappeler, l’approche « lean startup » qui a depuis 10 ans démontré l’intérêt de tester des versions intermédiaires de son produit, le fameux « MVP » (Minimum Viable Product). Ou le prétotypage, prêché par Alberto Savoia chez Google et à Stanford, qui vise à réduire le plus possible le temps nécessaire pour avoir un feedback du marché…

Comparativement à ces approches pragmatiques, l’acte de foi d’un fondateur ou son équipe, le fameux « j’y crois », est certainement utile pour traverser les difficultés d’un lancement… mais malheureusement n’aide guère à convaincre des tiers.

Si on demande à un investisseur d’avoir la foi dans le projet (surtout en Europe), il sera davantage Saint Thomas : il voudra voir de ses yeux, et mettra généralement le doigt là où ça fait mal…

C’est par son plan d’action effectif qu’un entrepreneur va convaincre, pas par sa vision (ça y est, on est presque en train de réinventer l’esprit du capitalisme de Max Weber, et le lien à une éthique du travail… )

Un projet en démarrage, comme un enfant, n’apprend à marcher… que en tombant.

Il faut donc essayer, oser se lancer, se tromper, apprendre, et recommencer. Sans tarder !

Bon courage !

R.