Correspondant en Allemagne

Echec à la libéralisation du marché des services postaux : si le Bundestag vote comme prévu, ce vendredi, en faveur d'un salaire minimum élevé pour facteurs, alors le monopoliste Deutsche Post n'aura pas grand-chose à craindre à partir de janvier 2008. Les deux principaux concurrents privés ont déjà signalé qu'ils sont incapables de payer des salaires aussi élevés : le hollandais TNT se retire de la course et le groupe de presse Springer annoncera probablement aujourd'hui qu'il va sortir du capital du service postal Pin.

Klaus Zumwinkel, depuis 1990 patron incontesté de la Deutsche Post, se frotte les mains. Ses bons contacts avec la chancelière Merkel et le syndicat Verdi lui ont permis de court-circuiter ses adversaires. Début septembre, une fédération patronale, dominée par son groupe, avait conclu avec Verdi une convention collective prévoyant un salaire minimum pour facteurs de 9 € en ex-RDA et de 9,80 € en Allemagne de l'Ouest. Les sociaux-démocrates ont pu convaincre Mme Merkel de donner à cet accord force de loi. Les experts ne sont pas dupes : masquée comme action contre des salaires de dumping, l'opération doit en vérité sauver de facto le monopole postal. La commissaire européenne Neelie Kroes a déjà menacé d'annuler le salaire minimum allemand. Des concurrents de la Deutsche Post envisagent un recours devant la Cour constitutionnelle de Karlsruhe. Et le président de l'Office allemand des cartels souhaite que la Deutsche Post perde le privilège d'exemption de la TVA de 19 pc dont ne bénéficient pas les concurrents privés.

"Une grande défaite"

TNT et son partenaire allemand Hermes, spécialisé dans la livraison de colis à domicile, ont renoncé à leur plan de distribuer le courrier pour particuliers à partir de janvier. On sait que, jusqu'à fin décembre, ils n'ont pas le droit de convoyer des lettres pesant moins de 50 grammes. "La libéralisation postale a échoué concernant les particuliers et les petites entreprises, c'est là une grande défaite pour l'emplacement économique allemand", relève TNT Post. Pin est encore plus sévèrement touché : le service postal, appartenant à 64 pc au groupe Springer ("Bild", "Die Welt") et à d'autres maisons de presse, frôle la faillite, aussi à cause d'erreurs de gestion internes. "Avec le salaire minimum exorbitant, nos pertes de lancement vont se creuser", avertit Günter Thielen, le président de Pin qui possède lui-même 10 pc des parts. La rumeur court que Springer veut fermer ou acculer à la faillite Pin qui emploie 9 000 personnes. Thielen espère pouvoir sauver l'entreprise moyennant un "management buy out" (MBO).