Quatre ans après le rapport "Liège 2020" réalisé par le Français Hugues de Jouvenel (groupe Futuribles) sur les maux de Liège, le bureau McKinsey vient de se pencher sur le redéploiement de la province de Liège (84 communes). Réalisé gracieusement pour le compte du Groupement de redéploiement économique (GRE) de Liège, le document dont "La Libre" a eu connaissance indique qu’il est temps d’accélérer le processus de relance du bassin.

Pour réaliser leur travail, les experts de McKinsey ont rencontré plusieurs acteurs, notamment des patrons d’entreprise, des outils économiques de la Cité ardente (Meusinvest, SPI +, etc.), ainsi que des responsables politiques (les ministres Michel Daerden, Jean-Claude Marcourt, Didier Reynders, etc.). Selon nos informations, les promoteurs de l’étude n’ont pas voulu la rendre publique avant les élections régionales pour ne pas polluer le débat. Il faut dire que les experts ont relevé des manquements dans la gouvernance économique de la province de Liège : trop d’institutions politiques et économiques intervenant dans la définition et la mise en œuvre de projets; manque de mise en avant d’une figure clé (homme, institution) dans le développement économique de la province de Liège; manque d’une ambition spécifique relative aux questions transversales (image, investissements); manque d’investissement dans la promotion de l’image de la Province, en partie liée au manque de stratégie; manque de moyens coordonnés permettant d’attirer les investisseurs étrangers, éventuellement en coopération avec la SPI + et l’Awex, etc. "Même si, au total, les moyens disponibles sont suffisants, manque de coordination en général. Si le GRE est amené à jouer un rôle de facilitateur, certains moyens lui manquent et son caractère non pérenne le déforce", lit-on dans le document d’une cinquantaine de pages.

Pour les experts de McKinsey, la relance de la province de Liège ne peut se réaliser que s’il y a un engagement de tous les acteurs et une implication plus accrue des entrepreneurs dans le processus. "Nous avons identifié 10 axes de développements sectoriels comprenant les pôles de compétitivité du plan Marshall. Il faut mettre en place une gouvernance et une stratégie économiques en suivant certains critères, afin de mettre en œuvre une vision intégrée pour la Province à un horizon 2020", écrivent-ils, suggérant de proposer "17 projets concrets aux mandataires politiques". Les dix axes identifiés sont : génie mécanique, aéronautique, sciences du vivant, agroalimentaire, logistique, tourisme, eau, énergie, soins de santé, formation. S’il y a une avancée dans les 5 premiers axes qui ne sont autres que les pôles de compétitivité du plan Marshall, ils notent qu’il y a encore du chemin à faire dans les cinq derniers. "Profiler l’offre de soins dans une optique d’excellence et de rentabilité, être un partenaire de discussion de M. Mittal (NdlR : patron et actionnaire de référence d’ArcelorMittal) et proposer un plan de reconversion attrayant économiquement et socialement, faire de la FN (NdlR : leader de l’armement léger) un consolidateur du secteur, développer une offre touristique intégrée autour de la Meuse", dit McKinsey.

Il suggère aussi de développer un plan industriel et une stratégie étayée pour le secteur de l’eau couvrant les aspects d’ingénierie, de conseils, de R&D, de gestion et de distribution de l’eau, afin d’estimer un potentiel économique.

En ce qui concerne les structures, McKinsey indique qu’il faut assurer un alignement des institutions s’occupant du développement économique de la province (SP +, Meusinvest, GRE, SLF, Awex, ASE, SRIW, etc.) en mettant en place un groupe de travail commun. Il propose un renforcement du rôle du GRE (davantage de moyens financiers et humains), mais son fonctionnement doit être amélioré : désignation d’un directeur général (DG) avec un mandat renforcé. Il faut le charger de mettre en place, notamment, "un bureau du changement en coopération avec l’UWEL (Union wallonne des entreprises - Liège)" et d’élaborer un "plan stratégique général détaillé".