Le tribunal de commerce d'Evry (région parisienne) a ordonné la liquidation de la compagnie aérienne Aigle Azur, qui peut toutefois poursuivre son activité jusqu'au 27 septembre. Que se passe-t-il maintenant pour la compagnie, ses salariés, ses créneaux dans les aéroports?

  • Quel calendrier?

"Le tribunal a demandé une amélioration des offres" qui pourront être remises "jusqu'à mercredi minuit", a détaillé lundi le tribunal. Elles seront ensuite soumises au comité d'entreprise d'Aigle Azur (probablement vendredi) puis examinées lundi 23 septembre par le même tribunal. Décision attendue au plus tard le vendredi 27.

D'ici là, l'activité de l'entreprise se poursuit sous la houlette de deux administrateurs judiciaires: les avions ne volent plus depuis le 7 septembre mais les contrats de travail restent valides.

  • Quels repreneurs potentiels?

Un plan de continuation de l'entreprise est désormais exclu, la compagnie étant en liquidation, observe Me Thierry Monteran, spécialiste en droit des entreprises en difficulté chez UGGC Avocats.

Le délai pour l'"amélioration" des offres laisse entendre que seuls ceux qui se sont déjà manifestés peuvent se positionner. Parmi les sept offres ou lettres d'intention présentées au tribunal lundi, Air France et le groupe Dubreuil ont proposé de combiner leurs propositions de reprise.

Le directeur général de Dubreuil Marc Rochet expliquait lundi être "intéressé par la partie long courrier" de l'activité d'Aigle Azur, à savoir "les avions; en fonction de nos propres critères, des équipages; et les créneaux horaires".

Air France lorgne sur l'activité moyen-courrier et les droits de trafic détenus par Aigle Azur vers l'Algérie et le Liban, selon une source proche du dossier.

  • Quid des salariés?

Le groupe Dubreuil a ouvert mardi une adresse email dédiée aux 800 salariés d'Aigle Azur en France "souhaitant faire part de leur souhait de rejoindre le groupe".

L'avenir est moins incertain pour les hôtesses, les stewards et les pilotes, au profil demandé sur le marché du travail, que pour le personnel au sol. Le plus grand flou règne par ailleurs quant à l'avenir des quelque 350 salariés d'Aigle Azur en Algérie.

Pour les salariés qui seraient repris, "le contrat de travail est transféré" et ils gardent les mêmes avantages que chez Aigle Azur, explique à l'AFP Me Monteran. Le repreneur peut négocier, mais pas imposer, un nouvel accord d'entreprise.

Les organisations syndicales représentatives du transport aérien, CFDT, CGT, Unsa, CFE-CGC, ont réclamé mardi qu'Air France et Dubreuil "s'engagent immédiatement dans la négociation d'un accord de performance collectif" pour aménager durée du travail et rémunération. Objectif, "définir des conditions sociales équilibrés de reprises des salariés".

Mardi, Air France travaillait à une offre combinée avec Dubreuil renforçant notamment le volet social, selon une source proche du dossier.

  • Quel avenir pour les créneaux?

Les quelque 9.800 créneaux aéroportuaires d'Aigle Azur à l'aéroport parisien d'Orly, correspondant à une heure et une date précise de décollage ou d'atterrissage, sont sa principale pépite.

Un repreneur peut récupérer les créneaux qui avaient été attribués à Aigle Azur et correspondent à la partie d'activité reprise. Des compagnies à bas coûts comme easyJet et Vueling, désireuses de développer leur activité à Orly où le nombre de créneaux est plafonné à 250.000 par an, ont fait part de leur intérêt.

Sans repreneur, les créneaux rendus disponibles seront réattribués aux compagnies intéressées au bout d'un mois par le Cohor, l'organisme chargé de les attribuer.

  • Comment expliquer les déboires d'Aigle Azur?

La présidente du tribunal a évalué son passif à au moins "148 millions d'euros". "Les décisions prises, les expansions, les comportements sociaux, les actionnaires, les routes ouvertes ou fermées... On savait qu'ils allaient dans le mur", a déclaré lundi Marc Rochet.

Pascal de Izaguirre, PDG de Corsair, liste deux "problèmes", actionnarial et de stratégie. "Il est important d'avoir un actionnariat qui connaisse le transport aérien (...) et qui ait une vision très engagée, claire et cohérente", a-t-il expliqué mardi à des journalistes.

En août, l'ex-PDG d'Aigle Azur, Frantz Yvelin, s'était plaint d'avoir été abandonné par ses actionnaires, le groupe chinois HNA (49%), l'homme d'affaires américain David Neeleman (32%) et la société Lu Azur (19%), aujourd'hui candidate à la reprise.

La compagnie a aussi commis "l'erreur de vouloir ouvrir un trop grand nombre de lignes en trop peu de temps", en se lançant notamment sur le long-courrier à destination de la Chine et du Brésil, ajoute M. de Izaguirre. "Quand on ouvre une ligne, au départ on perd de l'argent, (...) ces pertes il faut pouvoir les encaisser."