La Libre a fait, en collaboration avec la RTBF, une interview du gouverneur de la Banque nationale, Luc Coene, sur les grands défis de 2012.

La Commission européenne a remis en question le déficit de 2,8 % pour la Belgique. Vous êtes d’accord avec ses calculs ?

On a toujours dit qu’au contrôle budgétaire de cette année, le travail devrait être fait pour incorporer tous les effets secondaires que la politique de rigueur pourrait engendrer. Il est clair que toutes ces mesures vont avoir un effet sur la conjoncture et entraîner un ralentissement plus prononcé que prévu. La Commission fait simplement état de cet élément-là et demande donc à l’Etat belge de faire des efforts supplémentaires pour atteindre l’objectif de 2,8 %.

Vous aviez déjà parlé d’un ou deux milliards. C’est un chiffre qui vous paraît aujourd’hui tenable vu justement la croissance anémique ?

Je pense que c’est un chiffre qui correspond plus ou moins aux calculs de la Commission. C’est effectivement ce qui est requis pour atteindre l’objectif.

Il y a un élément important qu’il faut prendre en considération, c’est que tout ceci est nécessaire pour rétablir la confiance des marchés financiers dans les finances publiques. Il est très important de montrer la volonté et la capacité du gouvernement de maîtriser le budget. Et si possible par des mesures structurelles, c’est-à-dire qui porteront sur plusieurs années. Il est très important de prendre cet engagement pour rassurer les marchés et pour diminuer ainsi notre charge d’intérêt.

Pour les mesures structurelles, pensez-vous qu’il y a une plus grande marge au niveau des dépenses ou des recettes ?

C’est un choix politique qui revient au gouvernement. Il est très clair qu’on a un niveau de recettes relativement élevé et qu’une des faiblesses des finances publiques belges, c’est le taux de croissance des dépenses. Il faut s’assurer que ce taux de croissance soit moindre.

A quelles dépenses pensez-vous ?

Toute forme de dépenses, que ce soit dans la sécurité sociale ou dans l’administration elle-même. Il faut que le taux de croissance soit au-dessous de la croissance potentielle de l’économie alors que ces dernières années, c’était au-dessus.

La réforme du marché du travail va-t-elle assez loin ?

Le projet gouvernemental va dans la bonne direction. Il est clair que, vu les chiffres de la Commission, des efforts supplémentaires seront nécessaires également dans ce domaine.

D’autant qu’il faut peut-être s’attendre à une récession…

J’ai déjà dit qu’on aura au premier semestre une croissance très anémique si pas légèrement négative. Ce n’est pas encore très clair si on va avoir une récession. Si récession, il y a, elle ne sera toutefois pas comparable à celle de 2008-2009.

Mais ne risque-t-on pas d’avoir un cercle vicieux où trop de rigueur pèse sur la croissance ?

C’est vrai dans une certaine mesure. Mais il faudra faire des efforts supplémentaires pour montrer qu’il y a une amélioration structurelle. C’est nécessaire pour convaincre les marchés.

Les citoyens sont en colère. N’ont-ils pas de bonnes raisons de l’être ?

Compte tenu du vieillissement de la population, il est tout à fait normal qu’on demande aux gens de travailler davantage. Il y a eu des mouvements de protestation mais j’ai quand même vu des gens, dans les milieux syndicaux, qui estiment cela raisonnable. Il faut aussi savoir que la Belgique est un pays où le taux d’emploi est un des plus faibles.