Trois mois après le décès du milliardaire allemand Heinz Hermann Thiele, premier actionnaire privé du géant des airs Lufthansa, sa famille a vendu la moitié de sa participation pour plus de 320 millions d'euros.

Jeudi soir, la société d'investissement familiale KB Holding, qui détenait avec 60 millions d'actions 10 % de Lufthansa, en a "placé 33 millions" au prix de 9,80 euros par titre auprès "d'investisseurs institutionnels", selon un communiqué diffusé par la banque Morgan Stanley, qui a organisé l'opération.

Le titre de Lufthansa perdait vendredi vers 13H40 GMT 6,15 %, à 10,20 euros.

M. Thiele est mort fin février à l'âge de 79 ans, moins d'un an après son entrée surprenante au capital du groupe en pleine crise sanitaire, perturbant les négociations sur le sauvetage de la compagnie par l'Etat: réticent à l'entrée de Berlin au capital de Lufthansa, l'homme d'affaires avait menacé de faire échouer ce point central de l'accord.

Il a finalement accepté, permettant au premier groupe européen du transport aérien d'éviter la faillite en raison de la pandémie de Covid-19. L'Etat possède 20 % des parts de la compagnie.

Capitaliste "des cavernes"

Capitaliste "des cavernes" pour les syndicats, "patriarche" de l'économie allemande pour d'autres, M. Thiele était un des hommes les plus riches d'Allemagne et un self-made-man.

Marié et père de deux enfants, ce juriste de formation avait commencé sa carrière en 1969 comme employé du bureau des brevets chez Knorr-Bremse, entreprise spécialisée dans les freins. Il la sauvera de la faillite en la rachetant à crédit dans les années 1980.

Hissée au rang de leader du marché des freins pour le transport ferroviaire et les poids lourds, l'entreprise - où le temps de travail est de 42 heures contrairement aux 35 heures pratiquées par le secteur - est devenue le socle de sa fortune. Elle était estimée en 2020 par le magazine Forbes à 15 milliards d'euros.

M. Thiele s'était également fait remarquer hors de la sphère économique par des déclarations controversées sur la "compétence" politique de Vladimir Poutine, des sorties misogynes et le regret que le parti d'extrême droite AfD ne soit pas entré au Parlement national en 2013, au pic de la crise de l'euro, au nom de la pluralité des opinions.