Le paradoxe est chaque mois un peu plus interpellant : les ménages belges n’ont jamais déposé autant d’argent sur leurs comptes d’épargne – de l’ordre de 230 milliards d’euros – alors que les rendements n’ont jamais été aussi bas ! Mais pourquoi donc ? Plusieurs raisons à cela.

1) La crise financière est bien entendu passée par là.

Au début de cette crise, en novembre 2008, il n’y avait que 144 milliards d’euros sur les comptes d’épargne alors que les précédents mois avaient vu fleurir des offres à 6 % (Kaupting) ou encore à 5,25 % (Deutsche Bank). Les déconvenues d’actions dites de “bon père de famille” comme Dexia et Fortis et la chute générale des marchés ont douché l’enthousiasme des investisseurs pour des actifs risqués.

L’augmentation de la garantie de dépôt à 100 000 euros par personne par banque a aussi renforcé l’aspect sécurité du compte d’épargne. Sa liquidité a aussi été très appréciée en des temps très troublés, quelques clics pouvant suffire pour transférer de l’argent déposé dans des banques considérées à risque.

2) La crise économique a ensuite pris le relais.

Le phénomène est bien connu : les ménages thésaurisent en période d’incertitude, par crainte de lendemains difficiles. L’année 2012 n’a pas échappé à la règle : l’encours devrait s’épaissir de plus de 15 milliards sur l’année, au détriment de la consommation, attendue en baisse, selon les dernières prévisions de la Banque nationale de Belgique (BNB).

La tendance devrait perdurer. Les récentes enquêtes de conjoncture de cette même BNB montraient en effet que les ménages ont le moral en berne et ne comptent pas renouer avec une frénésie de consommation en 2013.

Le climat économique et social, il est vrai, n’est pas de nature à les rassurer (record de faillites en 2012, par exemple). Ce contexte va d’ailleurs pousser les ménages à faire encore plus gonfler leur épargne de précaution : le taux d’épargne devrait grimper à 15,7 % en 2013, selon la BNB, contre 14,9 % en 2012 et 14,4 % en 2011.

3) L’absence d’alternatives au compte d’épargne est encore plus claire depuis le 1er janvier.

Certes, les taux faibles n’étaient pas le monopole des comptes d’épargne : c’était aussi le cas des bons de caisse, comptes à terme ou encore produits d’assurance de branche 21.

Le changement de fiscalité les rend encore moins attractifs. Les versements vers des produits de branche 21 sont désormais frappés d’une taxe de 2 %. Ajoutez à cela des frais d’entrée de 1 %, sauf rares exceptions. Vous prenez donc 3 % dans la vue, alors que les taux garantis vont de 1,50 à 2,25 % !

Bref, la première année ne vous rapporte rien. Les bons de caisse et les comptes à terme sont pour leur part pénalisés par la hausse du précompte de 20 à 25 % (il était encore de 15 % en 2011 !), perçu à la source. Pour une échéance à cinq ans, le rendement moyen tourne actuellement autour de 1,50 % net. Et 1,50 % net, c’est parfois le rendement de la seule prime de fidélité sur certains comptes.

Le compte d’épargne, pour sa part, continue à bénéficier d’une fiscalité très favorable : 15 % de précompte sur les intérêts supérieurs à 1 880 euros. De quoi voir venir.

4) De nouvelles baisses de rendements des comptes d’épargne ne sont pas à exclure dans les prochaines semaines ou mois.

Mais le compte d’épargne est le produit d’attente par excellence pour pouvoir ensuite profiter au plus vite d’une remontée des taux, annoncée en 2011, puis 2012 et qui devrait bien intervenir, tôt ou tard.