C'est une fameuse épine hors du pied de Johnny Thijs, le patron de La Poste. La nouvelle convention collective de travail (CCT) pour 2005-2006 a été approuvée, hier, en commission paritaire de La Poste. Un rejet de la convention, discutée depuis des mois entre la direction et les syndicats, aurait été mal vu de la part de la poste danoise et de son actionnaire financier CVC avec lesquels l'entreprise publique négocie d'arrache-pied depuis trois mois en vue de sceller un partenariat.

80pc des Flamands opposés

Seuls l'aile francophone du syndicat socialiste des postiers (CGSP) et le syndicat libéral (SLFP/VSOA) ont approuvé la nouvelle convention. Le syndicat chrétien, tant du côté francophone (CSC) que néerlandophone (ACV), a dit «non», de même que l'ACOD, le pendant flamand de la CGSP. En nombre de voix, cela donne dans les rangs des représentants du personnel, 5 voix «contre» et 4 «pour». Mais comme la commission paritaire (18 membres) est composée pour moitié de membres représentant l'entreprise, cela a donné in fine 13 «oui» et 5 «non», soit un score conforme à la majorité des 2/3 requise. «80pc du personnel postier syndiqué (90 pc des effectifs, NdlR) en Flandre ne veulent pas de cette convention. C'est inadmissible dans ces conditions que celle-ci passe», ont déclaré les deux principaux syndicats flamands avant de claquer la porte de la commission paritaire. Ambiance!

Que contient la CCT? «Plusieurs dispositions concernant la hausse du pouvoir d'achat, les opportunités de fin de carrière, la sécurité d'emploi, l'introduction de la classification de fonctions ainsi que les mécanismes visant à poursuivre la réduction de l'absentéisme», résume l'entreprise. Le tout en tenant compte de «la maîtrise des coûts, nécessaire au futur développement de La Poste».

Pourquoi la CGSP et le syndicat libéral ont-ils dit «oui»? «Nous n'avons pas voulu laisser passer les opportunités de changements tout en préservant les droits acquis les plus fondamentaux», expliquent Jean-Claude Balland (CGSP) et Marc de Mulder (SLFP/VSOA).

Le syndicat chrétien ne manque pas d'arguments pour justifier le «non». «Les quelques points positifs de la CCT ne font pas le poids par rapport au démantèlement du statut postal et à la dévaluation des fonctions d'exécution», indique André Blaise (CSC). Et de stigmatiser la classification des fonctions qui marque le début d'une nouvelle politique salariale. «Certaines nouvelles rémunérations sont 20pc inférieures aux barèmes actuels.» La CSC dénonce aussi «l'abandon du système des congés de maladie», plafonnés à 300 jours ouvrables ainsi que les conditions de départ en prépension (à 58 ans et 35 ans de maison) «beaucoup moins intéressantes que les précédentes».

Quant au nouveau contrat de gestion et plus particulièrement, la délicate question des bureaux de poste (LLB du 21/9), il fait toujours l'objet d'âpres négociations entre La Poste, les Danois et le gouvernement.

© La Libre Belgique 2005