Contrairement aux déclarations des dirigeants de Brussels Airlines qui se voulaient optimistes, le climat social au sein de la compagnie aérienne s'apparente à une poudrière, en attente d'une petite étincelle pour exploser. Il y a quelques jours, le CEO Philippe Vander Putten ("La Libre" du 26/04) indiquait qu'un accord a été trouvé avec le personnel de cabine (environ 900 stewards et hôtesses de l'air), mais, selon nos informations, celui-ci est loin d'être satisfait du préaccord paraphé par leurs représentants syndicaux. A l'exception des chèques-repas et un plan d'épargne-pension qui existaient respectivement chez Virgin Express et chez SN Brussels Airlines et qui, dorénavant, va profiter à tout le personnel de cabine, des voix s'élèvent pour soutenir qu'il n'y a rien de neuf dans le préaccord. Certaines indiquent que les dispositions du texte risquent de leur compliquer la vie. En effet, le préaccord dont nous avons eu connaissance prévoit 70 heures de vols (par mois) pour le personnel de cabine, alors que le régime était de 60 heures chez Virgin Express et 75 heures chez SN Brussels Airlines. "Il n'y a que les gens de chez SN qui sont contents et avec le nouveau régime, il n'est prévu aucune compensation. Peut-être que le salaire brut va augmenter avec la nouvelle grille barémique, mais rien n'est sûr", déplore une hôtesse.

Difficile unification des AOC

Par ailleurs, le préaccord prévoit le paiement des heures supplémentaires "seulement à partir de 75 heures à 150 pc, mais ils savent très bien qu'on ne les fera pas. On sera toujours en dessous, c'est-à-dire 72, 73 ou 74 heures de vols", renchérit un steward. Le personnel de Virgin Express dit aussi avoir perdu la possibilité qu'il avait d'adapter ses heures de prestation, ce qui lui permettait d'avoir une vie privée.

De plus, le cas de 33 agents doit encore être réglé. Ils étaient sous le "payroll" de Virgin et disposaient d'un contrat de 40 heures. "Aujourd'hui, rien n'est prévu pour eux. Les syndicats leur assurent qu'en vertu de la convention collective, ils peuvent refuser de signer le nouveau contrat de travail, mais il y a des pressions et des menaces", dénonce un autre agent. Un tract (en anglais) a même été distribué au sein de la compagnie pour rappeler la situation. Le personnel dénonce aussi une discrimination dans l'octroi des primes de fin d'année. Elles auraient été prévues pour tout le personnel, mais à l'atterrissage, elles ne profiteraient qu'à quelques-uns. Sans compter que les dirigeants de la compagnie auraient oublié de prévoir une classification des agents au sol pouvant leur donner une indication sur leurs rémunérations.

Le mécontentement traduit la difficile unification des AOC (NdlR : Air Operator Certificate, licence de vol octroyée à une compagnie) que tentent de réaliser les dirigeants de Brussels Airlines, née du rapprochement de Virgin Express et de SN Brussels Airlines. Une AOC unique débouchera sur la mise en place d'une "liste de séniorité commune" aux pilotes, elle règle notamment leur parcours au sein de la compagnie et leurs perspectives de carrière. Les pilotes (environ 300) ont rejeté hier à 82,2 pc la nouvelle convention qui leur est proposée sur la fusion des AOC. Une rencontre est prévue ce jeudi entre les syndicats et Etienne Davignon, le président de Brussels Airlines.