La banque d'affaires américaine Merrill Lynch, qui avait un besoin pressant d'argent frais pour solder sa désastreuse aventure dans le "subprime", a annoncé lundi qu'elle allait recevoir jusqu'à 6,2 milliards de dollars des fonds Temasek Holdings et Davis Selected Advisors. La firme à l'emblème du taureau, qui avait massivement investi dans des instruments de dette complexe, devenus invendables, a déjà déprécié dans ses comptes la valeur de ces titres pour 8,4 milliards de dollars. Elle pourrait devoir faire un effort supplémentaire de 6 milliards, selon la presse. Merrill Lynch va maintenant pouvoir assainir définitivement son bilan grâce aux liquidités apportées par Temasek et Davis. La banque pourra aussi y consacrer l'argent tiré de la cession de "la plus grosse partie" de ses activités de financement spécialisé au groupe GE Capital. Annoncée quelques heures plus tôt, cette vente va permettre à Merrill Lynch de redéployer quelque 1,3 milliard de dollars jusqu'ici immobilisés dans les activités cédées. Temasek, un fonds public singapourien, va acheter pour 4,4 milliards de dollars d'actions ordinaires Merrill Lynch et dispose d'une option pour en acheter jusqu'à 600 millions de dollars supplémentaires d'ici le 28 mars. Le solde du financement - 1,2 milliard de dollars - sera apporté par le gestionnaire de fonds communs de placement Davis Selected Advisors, une société créée en 1969 avec plus de 100 milliards de dollars d'actifs sous gestion. La banque américaine espère pouvoir disposer de ces liquidités cruciales à la mi-janvier. L'augmentation de capital s'effectuera à un prix de 48 dollars par action, soit 13,5 pc de moins que le cours de clôture de vendredi. L'importance du rabais peut expliquer qu'après un bond initial de 4 pc, le titre Merrill Lynch a terminé la séance boursière de lundi sur une perte de 2,95 pc, pour revenir à 53,90 dollars. Temasek, qui est contrôlé par le gouvernement singapourien, ne détiendra jamais plus de 10 pc du capital de la banque. Mais Merrill Lynch ne précise pas si celui-ci se verra reconnaître le droit de demander une représentation au conseil d'administration et de participer à la gestion du groupe. Quand l'un des grands concurrents de Merrill Lynch, Morgan Stanley, avait invité, pour exactement les mêmes raisons, le fonds chinois China Investment Corporation (CIC) à son capital, il avait bien pris soin de préciser que celui-ci avait promis de se comporter en investisseur passif. Un troisième grand nom de Wall Street, Citigroup, a été renfloué par un fonds public, celui de l'émirat d'Abou Dhabi, pour 7,5 milliards de dollars. Temasek, qui s'est engagé à conserver ses titres pendant un an, a obtenu d'être indemnisé si la banque effectuait pendant cette période un nouvel appel au marché, à un prix inférieur aux 48 dollars par action qu'il a payé. "L'une de mes premières priorités à Merrill Lynch était de renforcer le bilan de la firme et, aujourd'hui, nous avons fait un grand progrès en ce sens, en renforçant nos fonds propres à travers ces investissements et la vente de Merrill Lynch Capital", a commenté le nouveau patron de la banque John Thain.

M. Thain avait pris la tête de la banque new-yorkaise à la mi-novembre après le limogeage de Stan O'Neal, sanctionné pour avoir poussé au développement débridé de Merrill sur le marché des produits financiers adossés à des créances hypothécaires à risque. Tout en saluant cette recapitalisation, l'agence de notation Fitch a maintenu une perspective négative sur la banque qui pourrait, selon elle, afficher des pertes au titre de son exercice 2007. (Belga)