Trop c'est trop. Excédés par les critiques virulentes de certains producteurs de films à leur endroit, les responsables de la petite société Motion Investment Group (MI Group) ont organisé ce mardi une conférence de presse pour répondre point par point à leurs détracteurs.

La goutte qui a fait déborder le vase, c'était il y a deux semaines, lorsque Patrick Quinet et Peter Bouckaert, respectivement présidents de l'UPFF (Union des producteurs de films francophones) et de la VFPB (Vlaamse filmproducentenbond), s'étaient associés à la banque ING pour lancer un produit "tax shelter" (1), en profitant de l'occasion pour tirer à boulets rouges sur les sociétés intermédiaires entre investisseurs et producteurs, parmi lesquelles MI Group. "Il y a beaucoup de cow-boys dans le secteur, qui prennent parfois des commissions allant jusqu'à 25 pc et qui exigent une part beaucoup trop importante des droits, au détriment des producteurs. Il était temps de réguler le marché, ce que fait le produit d'ING", avait notamment souligné Patrick Quinet (LLB du 29/09).

"Qui est censé réguler le marché ? Est-ce que c'est à des associations professionnelles de le faire, ou bien est-ce le rôle de l'administration fiscale ?", se demande Nadia Khamlichi, une des co-fondatrices de MI Group, en soulignant que l'offre "tax shelter" de sa société bénéficie d'un ruling fiscal depuis la mi-2006. "Cela signifie que notre offre respecte la loi et son esprit", dit-elle, en précisant que sa société n'a "rien à cacher".

Et Nadia Khamlichi d'énumérer une série de chiffres : depuis octobre 2004, MI Group a levé plus de 30 millions d'euros de fonds "tax shelter", ce qui a permis de financer 31 projets (dont 21 films à l'initiative de producteurs belges, y compris des membres de l'UPFF et du VFPB) et de créer plus de 1 000 contrats de travail à durée déterminée. Plus de 90 pc des 47 millions d'euros de dépenses belges réalisées par MI Group peuvent par ailleurs être qualifiées de "structurantes", ce qui signifie que des professionnels du cinéma en ont bénéficié directement. Une réponse à une autre critique des producteurs, selon lesquels les fonds levés par certains intermédiaires ne bénéficient pas directement au cinéma belge, mais servent à payer les assurances ou les hôtels par exemple.

Un succès qui dérange ?

"Je ne sais pas s'il y a des abus chez d'autres intermédiaires mais en ce qui nous concerne, nos pratiques ne mettent certainement pas en péril la pérennité de la loi sur le tax shelter", estime Nadia Khamlichi. "Nos commissions, par exemple, s'élèvent à seulement 5 pc des fonds levés, c'est-à-dire moins que les 7,5 pc prélevés par ING. Quant aux parts que nous prenons sur les recettes des films, elles sont parfaitement en ligne avec ce qui se pratique dans le cinéma européen. Les producteurs doivent accepter qu'il faut tout de même offrir des perspectives de rendement intéressantes aux investisseurs, sinon ils vont voir ailleurs."

Pour les responsables de MI Group, le succès de leur société dérange certains gros producteurs, tels que Patrick Quinet et Peter Bouckaert. Mais ils pensent que l'animosité de ces derniers n'est pas forcément partagée par le reste de l'industrie du cinéma belge.

Ils lancent donc un appel aux producteurs, acteurs, réalisateurs, intermédiaires, banquiers et prestataires de services pour les rejoindre au sein de la "Belgian Tax Shelter Association", une nouvelle ASBL. "Notre but n'est pas de rentrer dans une guerre, mais de faire cesser la guerre", dit Nadia Khamlichi.

En attendant, cela reste tout de même la guerre dans la mesure où MI Group a déposé une plainte auprès du Conseil de la concurrence contre une charte "dite éthique" adoptée par la VFPB, et qui violerait la liberté de concurrence en incitant les producteurs à ne pas traiter avec les intermédiaires ne respectant pas cette charte. Le "happy end" paraît encore loin...

(1) Le "tax shelter" est un incitant fiscal qui offre aux sociétés investissant une partie de leurs bénéfices dans la production audiovisuelle en Belgique une exonération d'impôts de 150 pc du montant investi.