Neo, le grand projet bruxellois visant à modifier totalement le plateau du Heysel (Atomium) commence à prendre forme. Les pouvoirs publics (Ville et Région) ont ainsi décidé de se mouiller ce vendredi en débloquant une enveloppe de 335 millions d’euros pour certaines infrastructures (voiries, espaces verts, parc des sports,…) ainsi que pour "une piscine naturelle" en plein air qui prendra place au pied de l’Atomium. En fait, cette piscine, qui sera alimentée par l’eau de pluie récoltée sur les toitures du site, ressemblera davantage à un petit lac avec une plage. Elle sera accessible en été.

Les choses avancent donc au nord de Bruxelles. Dès le mois d’avril, c’est le premier partenaire privé qui entrera en scène en faisant connaître son projet de construction du quartier commerçant (80 000 m² avec 150 enseignes), de 575 logements (dont 15 % de logement public, des crèches, des activités de loisirs, des parkings (3 700 places),… Soit la grosse partie de Neo et, sans doute, la plus rentable pour un partenaire privé. Cet opérateur n’est pas encore connu, mais il sortira d’une "short list" comprenant les trois consortiums suivants : Hammerson/Soficom/Codic; Klepierre/AG Real Estate/Wereldhave Belgium; et Unibail-Rodamco/CFE/Besix; soit les "Real Madrid, FC Barcelone et Manchester United" des investisseurs, dixit l’échevin Philippe Close (PS), qui tente la comparaison footballistique.

"Uplace se fera de manière fort réduite"

Certaines incertitudes vont aussi doucement tomber. Le gagnant voudra-t-il des attractions actuellement présentes que sont Océade, Mini-Europe, ou même Kinepolis (dont le bail court jusqu’en 2023) ? Rien n’est encore joué. "M ini Europe et Océade ont encore une chance de rester , explique Philippe Close. C’est à eux de négocier avec le consortium gagnant."

L’échevin des Finances et du Tourisme de la Ville de Bruxelles voit grand et n’hésite pas à affirmer que "le plus grand pôle commercial de Belgique" verra le jour en 2020 sur le plateau du Heysel. Balayant d’une main le projet concurrent flamand Uplace (également 80 000 m² de commerces), qui doit se construire à Machelen, soit à quelques kilomètres de Neo. "Uplace avait pris de l’avance sur nous, mais tous les gros investisseurs ont choisi notre projet. Je crois que le projet flamand se fera, mais de manière fort réduite." Rappelons que c’est toujours la guerre entre les deux projets et qu’un recours bruxellois vise indirectement Uplace : Bruxelles reproche à la Flandre de ne pas l’avoir concerté sur son plan stratégique autour de la capitale.

Réponse du berger à la bergère, Uplace a déjà menacé d’également introduire des plaintes contre Neo. Les autorités bruxelloises estiment pourtant que leur projet est "juridiquement très solide" . Cette "solidité juridique" aurait d’ailleurs "séduit les investisseurs" , dont quatre opérateurs de "grande réputation" qui sont candidats pour la phase 2 du projet, celle qui consiste à construire un centre de convention international (5 000 congressistes) et un hôtel de luxe de 250 chambres. Le lauréat sera connu début de l’année 2015.

Un stade Roi Baudouin devenu gênant

Reste une troisième phase, plus complexe : elle concerne notamment l’emplacement de l’actuel stade Roi Baudouin que les autorités bruxelloises, même si elles ne le disent pas ouvertement, verraient volontiers raser et transférer vers le fameux Parking C, à proximité. "Il est clair que pour les investisseurs privés pouvoir développer un projet sans ce stade est un élément positif", fait remarquer le ministre-président Rudi Vervoort (PS), qui voit le projet d’un stade national au Parking C, comme une occasion de "libérer de l’espace" au Heysel. M.Vervoort refuse, en tout cas, que Neo "capote" à cause du stade Roi Baudouin. "Je n’ai aucun souci à ce que les autres Régions profitent du rayonnement de Bruxelles, mais Neo doit avant tout bénéficié aux Bruxellois."