Parallèlement aux contacts avec les gouvernements des pays où Arcelor est présent, les dirigeants de Mittal Steel s'entretiennent aussi avec les représentants des travailleurs du groupe européen sur lequel ils ont lancé une offre publique d'échange (OPE) hostile depuis le 27 janvier. Ainsi, Roeland Baan, CEO de Mittal-Europe, et Hans Schinkel, directeur des ressources humaines du numéro un mondial, ont rencontré début février les dirigeants de la Fédération européenne des métallurgistes (FEM) à Bruxelles. «Ils nous ont présenté la transaction et précisé que Mittal Steel respectera les règles sociales européennes. Mais même si le secteur de la sidérurgie a besoin d'une consolidation, elle ne doit pas être forcée», nous a confirmé Peter Scherrer, secrétaire général de la FEM.

Selon nos informations, une deuxième rencontre est prévue ce 23 mars et cette fois, il y aura plus de dirigeants de Mittal. Du côté syndical, l'invitation est élargie au «dialogue social», une instance de la FEM où siègent les fédérations nationales ayant des représentants au conseil d'entreprise européen d'Arcelor. «L'agenda de la réunion n'est pas encore fixé mais les dirigeants de Mittal nous exposeront leur plan industriel. Il nous faut davantage d'arguments solides que ceux exposés lors de la première réunion», dit un responsable syndical. Arcelor se refuse à commenter ces rencontres avec son prédateur, se contentant d'affirmer qu'il est en contact privilégié avec ses syndicats.

Quel sort pour Carinox?

La FEM a déjà pris position contre l'opération, car elle craint notamment des coupes sombres dans l'emploi si l'opération de Mittal réussit en raison des synergies. Elle redoute aussi l'absence de dialogue social chez Mittal Steel, alors que chez Arcelor le modèle, même s'il doit être amélioré, est déjà à un stade avancé. «Même si toutes les conditions sont réunies et même si nous sommes dans une bonne conjoncture aujourd'hui, la question est de savoir où en sera le secteur sidérurgique dans 4 ou 5 ans», interroge Peter Scherrer.

Du côté d'Arcelor, le projet d'augmentation de l'actionnariat salarié du groupe est reporté. Actuellement, 0,94pc du capital est détenu par les travailleurs et il est prévu de porter la part à 3 ou 4pc pour une durée de 5 ans. Au terme de la période, les salariés sont obligés d'apporter leurs titres. «La période de souscription était fixée à fin mars mais la date est reportée pour des raisons techniques dues à l'OPE hostile de Mittal Steel», confirme un responsable de la communication à Paris. Arcelor a annoncé mercredi que 98,5pc des actions ordinaires de Dofasco (77530766 millions d'actions) ont été déposées en réponse à son offre. Celle-ci visait à acquérir ces actions à 51,86 €.

Le sort de Carinox, le pôle inox d'Arcelor, sera évoqué au conseil d'entreprise européen fixé au 14 mars à Luxembourg. Mais le scénario de la vente se précise. Mercredi, l'on apprenait, via une fuite, que la tréfilerie française, Ugitec, qui fait partie du pôle Inox, était vendue.

© La Libre Belgique 2006