Après des semaines de bataille par médias interposés, Arcelor et Mittal vont se parler. Le groupe luxembourgeois, cible d'une OPA hostile de Mittal Steel a confirmé mercredi avoir reçu, sous le sceau de la confidentialité, un projet industriel en «stand alone» de Mittal. «La réception de ce projet industriel restait une demande insatisfaite d'Arcelor pour pouvoir évaluer l'offre non sollicitée de Mittal Steel. Bien que l'examen du projet soit toujours en cours, Arcelor a identifié une série de questions en relation avec ce projet industriel et a demandé l'organisation d'une réunion afin d'obtenir des réponses à ces questions», a indiqué le groupe dirigé par le Français Guy Dollé. Il espère que la rencontre entre les représentants des deux équipes de direction aura lieu dans les prochains jours. Mittal a accueilli avec optimisme cette ouverture. «Nous attendons avec impatience une discussion constructive à propos du business plan de Mittal Steel dont nous croyons qu'il souligne la logique et la valeur de notre proposition de fusion», a répondu Mittal dans un communiqué. Jusqu'à présent, les dirigeants d'Arcelor se sont farouchement opposés à l'offre de Mittal. Ils ont annoncé le 26 mai une fusion (sous réserve d'une approbation des actionnaires) avec le russe Severstal. Un deal susceptible de bloquer l'offre de Mittal.

Peu de souscripteurs belges

Mercredi, les Français ont avoué leur préférence pour l'opération Arcelor/Severstal par laquelle le magnat russe, Alexeï Mordashov détiendrait, à terme, 38,5 pc d'Arcelor. Pour François Loos, ministre délégué à l'Industrie, la différence du deal avec Severstal, c'est qu'il «est amical. C'est une bonne méthode pour construire l'industrie, ce n'est pas des batailles boursières», a-t-il répondu à l'Assemblée nationale française à une question du député socialiste Arnaud Montebourg.

En attendant l'issue de la bataille entre les deux géants, Arcelor a clos le 31 mai le programme d'actionnariat salarié lancé le 8 mai à l'intention de ses travailleurs dans douze pays. L'action n'a concerné que les pays où Arcelor occupe plus de 250 travailleurs. A l'issue de l'opération, environ 50 000 travailleurs (sur un total d'environ 100 000 éligibles) y ont souscrit. Arcelor est satisfait de l'accueil, car il va distribuer aux souscripteurs environ 3 millions d'actions (à 25,30 € le titre), alors qu'il a fixé la barre à quelque 4 millions. «C'est un bon taux qui témoigne de la confiance des travailleurs envers le groupe, car il faut tenir compte de toutes les incertitudes liées à l'OPA hostile de Mittal Steel», nous a confié un cadre.

Le Brésil arrive en tête avec 96 pc de souscripteurs (sur un total d'environ 18 000 travailleurs éligibles), suivi de l'Argentine (64 pc), du Royaume-Uni (59 pc), du Luxembourg (47 pc des 6 500 travailleurs ont souscrit), de la France (45 pc des 30 000 travailleurs), de l'Allemagne (42 pc des 9 400 personnes) et de l'Espagne (43 pc des 13 000 travailleurs). La Belgique affiche le taux le plus bas avec moins de 20 pc de souscripteurs (3030 travailleurs sur 15 257). En cause, le système fiscal belge qui taxe ses avantages en nature à 100 pc. Guy Dollé a récemment lancé, lors de sa visite au Sénat, un appel pour une réforme en la matière. «Nous avons besoin de savoir que les Belges soutiennent notre modèle parce que c'est le meilleur», a-t-il lancé.

© La Libre Belgique 2006