START-UP DE LA SEMAINE | La jeune entreprise bruxelloise connaît déjà une "croissance exponentielle" mais veut davantage muscler sa notoriété.


La possibilité d’investir dans des prêts octroyés à d’autres consommateurs n’existait pas sur le marché belge avant l’arrivée de Mozzeno.com il y a un peu moins de trois ans. Un crédit pour rénover un logement, acheter un véhicule d’occasion, couvrir les dépenses d’un mariage, voilà autant de projets personnels que la start-up bruxelloise a été la première en Belgique à financer via une plateforme web collaborative, en mettant en relation emprunteurs et investisseurs particuliers. Un statut de pionnier qui a attiré son pesant de difficultés.

"Dès le début, nous avons été confrontés à énormément de réticences reposant sur une mauvaise interprétation de ce qu’on voulait faire. On nous disait que Mozzeno allait attirer tous les mauvais payeurs, que c’était voué à l’échec. Il fallait se démener pour convaincre", se remémore Xavier Laoureux, expert de l’industrie digitale, qui a cofondé la jeune entreprise dans la capitale. "Le fait que le fonds WING nous accompagne a été clairement déterminant."

Stratégie payante

Le temps passant, les détracteurs ont rapidement eu le loisir de constater que Mozzeno n’essuyait pas de défauts de paiement. Et pour cause, le fait que les internautes introduisent une demande de prêt sur le site n’est pas promesse d’argent. "Nous avons un scoring crédit qui filtre les dossiers et rejette 85% des requêtes", poursuit le cofondateur.


Mais pourquoi préférer cette fintech à un prêteur traditionnel ? Car d’une part, la société s’engage à fournir au particulier un taux d’intérêt compétitif et fixé objectivement, le tout via un système 100 % digital automatisé de façon extrêmement efficace, au point de pouvoir accorder un prêt le jour même. D’autre part, la jeune pousse se veut tout aussi attractive pour les investisseurs. "Ils peuvent investir de façon concrète et locale, en évitant des secteurs pas forcément très intéressants ou très éthiques, afin d’obtenir un rendement brut moyen de plus de 3 %", détaille Xavier Laoureux, vantant une juste redistribution de la valeur. "La marge qu’on reverse aux investisseurs, une banque classique, elle, la garde pour elle."

Prise de masse

Après avoir traversé une première phase dite de confiance, pendant laquelle il fallait faire ses preuves, et une seconde d’ajustement, en adaptant les produits financiers et l’expérience utilisateur par essais-erreurs, Mozzeno semble gagner en masse critique. "Entre fin 2017 et fin 2018, on a triplé nos chiffres. Et 2019 enregistre une croissance exponentielle", se réjouit le dirigeant, qui explique ce déclic par un changement radical : le préfinancement des prêts. "On a obtenu du régulateur, la FSMA, de pouvoir préfinancer les prêts. Grâce à un capital de travail, dès qu’un dossier est complet, Mozzeno verse le montant et remet en vente le crédit. Les investisseurs peuvent alors acheter des parties de ce crédit qui produit directement des intérêts."

La tactique a permis à la start-up d’augmenter le volume de prêts et, par la même occasion, d’attirer plus d’investisseurs disposés à mobiliser de plus gros montants. S’il lui a fallu 16 mois pour récolter son premier million d’euros, Mozzeno octroie mensuellement 100 prêts et cumule désormais depuis son lancement quelque 1200 emprunts pour une valeur totale de 8,3 millions d’euros. "Nous sommes actuellement à un rythme d’un million d’euros par mois mais nous voulons encore accentuer cette accélération. La prochaine étape, c’est faire parler de nous, par des campagnes offline notamment. 2020 sera l’année de la notoriété", appelle de ses vœux Xavier Laoureux. On lui en fait crédit.