"Nous sommes frappés par trois difficultés en même temps: crise du crédit, récession économique et renforcement du yen", a déploré M. Ghosn au cours d'une conférence de presse, estimant que "les pires scénarios possibles se sont systématiquement réalisés" ces derniers mois.

Il a annoncé que le groupe allait supprimer 20.000 emplois au cours de l'exercice 2009-2010 qui démarre le 1er avril, via l'arrêt des embauches dans les pays où les coûts du travail sont les plus élevés, le non renouvellement des contrats temporaires et des plans de départs déjà annoncés dans plusieurs pays. Au 31 mars 2010, Nissan aura ainsi réduit ses effectifs mondiaux de 8,5%.

Ces derniers mois, Nissan avait déjà annoncé des milliers de suppressions d'emplois en Espagne, en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et au Japon. En outre, Nissan va réviser ses investissements, et notamment suspendre sa participation à un projet d'usine commune avec le français Renault au Maroc. Un autre projet avec Renault, en Inde, sera maintenu mais recalibré.

Des horaires de travail réduits et des jours de fermeture seront instaurés dans les usines, et le personnel invité à partager son temps de travail. Au total, Nissan compte réduire cette année sa production de 20% par rapport aux objectifs initiaux, ce qui représente 787.000 véhicules en moins.

Pour l'exercice 2008/09, Nissan a prévu de subir une perte nette de 265 milliards de yens (2,2 milliards d'euros) au lieu du bénéfice de 160 milliards auparavant escompté, et une perte d'exploitation de 180 milliards. Son chiffre d'affaires sera de 23,3% inférieur à celui de 2007/08.

Ce sera la première fois que Nissan tombera dans le rouge depuis 1999, année où le groupe avait échappé à la faillite en étant repris en main par Renault. Il s'agira également de la première perte nette depuis que M. Ghosn, arrivé en tant que directeur général en 1999, a pris la présidence de Nissan en 2000.

"Le secteur automobile mondial traverse une tempête, et Nissan ne fait pas exception", a affirmé le patron français, qui dirige également Renault. "En 1999, Nissan était en crise. Nissan allait mal quand les autres constructeurs allaient bien. Aujourd'hui, tout le monde a un problème", a-t-il constaté.

Pour le seul troisième trimestre de 2008/09, Nissan a subi une perte nette de 83,2 milliards de yens (693 millions d'euros) et une perte d'exploitation de 99,2 milliards (827 millions d'euros). Son chiffre d'affaires trimestriel a chuté de 34,4% sur un an à 1.816,5 milliards de yens (15,1 milliards d'euros).

Toujours au troisième trimestre, les ventes mondiales de véhicules ont dégringolé de 18,6% sur un an à 731.000 unités. Parmi les autres mesures d'austérité, Nissan, détenu à 44% par Renault, va renoncer à verser un dividende de fin d'année à ses actionnaires. Ces derniers devront se contenter, pour 2008/09, des 11 yens par titre versés à la fin du premier semestre. En 2007/08, ils avaient reçu au total 40 yens. Le groupe va également comprimer les rémunérations de ses dirigeants. En revanche, "nous n'avons aucun projet de fermer des usines", a affirmé M. Ghosn, prédisant que "cette crise ne va pas durer éternellement".