Entreprises & Start-up Le groupe sidérurgique russe agite le spectre de fermetures en Europe si des sanctions étaient prises contre la Russie.


NLMK (Novolipetsk Steel), le géant mondial de l’acier possédé à 86 % par l’oligarque russe Vladimir Lisin (à droite sur la photo, en compagniie du président russe Dmitri Medvedev), a envoyé un avertissement aux autorités publiques belges et européennes : prendre des sanctions économiques dans le domaine de l’acier contre la Russie aurait des effets dévastateurs sur l’emploi en Europe. C’est en résumé le contenu d’un courrier qui a été envoyé au gouvernement belge, aux gouvernements d’autres pays européens ainsi qu’à la Commission européenne par la branche Europe de NLMK, le 25 mars dernier. Le 25 mars, soit en plein cœur de la crise russo-ukrainienne concernant l’annexion de la Crimée.

2 530 travailleurs en Europe

Pour rappel, NLMK est implantée en Belgique à La Louvière mais aussi à Clabecq (Ittre) et y représente environ 1 000 emplois. Ailleurs en Europe, le groupe sidérurgique est également présent au Danemark, en Italie et en France. La division européenne de NLMK emploie 2 530 personnes au total.

"La Libre" a pu se procurer cette lettre particulièrement explicite sur les conséquences pour l’emploi européen de la prise de sanctions commerciales contre la Russie : "Etant donné que les institutions européennes et les Etats-membres débattent actuellement des diverses options possibles pour des sanctions économiques contre la Russie, y compris des restrictions commerciales dans l’industrie de l’acier, NLMK estime que la Commission européenne et les gouvernements nationaux devraient étudier attentivement les effets négatifs possibles de telles mesures sur les entreprises européennes de NLMK, sur ses consommateurs, sur les autres interlocuteurs en Europe, ainsi que sur l’économie européenne dans son ensemble. Si ces mesures devaient être mises en application cela entraînerait des répercussions négatives importantes", détaille le courrier en question.

En fait, NLMK Europe reçoit l’acier de base des sites de production du même groupe situés en Russie et transforme cette matière première en aciers de haute qualité. Des sanctions contre l’acier russe bouleverseraient ce modèle économique, selon la lettre de NLMK : "Une interruption des activités européennes de NLMK pourrait conduire à un retard ou à la cessation de l’approvisionnement d’acier à d’importants utilisateurs finaux en Europe, tels que les engins de construction, l’automobile et le secteur de l’énergie ainsi que la fermeture temporaire ou permanente des installations de production de NLMK en Europe."

"Effet dévastateur sur Clabecq et La Louvière"

Plus grave, si une telle paralysie devait survenir et perdurer, la branche Europe pourrait être lâchée du jour au lendemain par le groupe : "Les usines européennes de NLMK sont régulièrement déficitaires (208 millions d’euros de pertes opérationnelles en 2013). L’aide financière apportée par la société mère pour soutenir les activités européennes a dépassé les 271 millions d’euros uniquement pour l’année 2013. L’arrêt forcé du soutien financier de la société mère pourrait déclencher l’insolvabilité et la fermeture des usines européennes de NLMK. Cela serait inévitablement suivi du licenciement de milliers de travailleurs dont la masse salariale représentait, en 2013, 161 millions d’euros. Cela aurait un effet dévastateur pour les régions d’Ittre et La Louvière en Belgique, Vérone en Italie et Frederiksværk au Danemark."

D’où cet avertissement de NLMK aux décideurs politiques européens : "Nous lançons donc un appel à toutes les parties concernées afin qu’elles mesurent attentivement les conséquences qu’engendreraient de telles sanctions commerciales à l’égard de la Russie car elles auraient des répercussions énormes et seraient extrêmement défavorables pour les travailleurs européens ."

Du côté du gouvernement belge, on confirme laconiquement avoir bien reçu le courrier de NLMK et gérer ce dossier économiquement et diplomatiquement sensible. Potentiellement, 1 000 emplois sont en jeu en Wallonie.