Grand-messe annuelle du secteur, le "Mobile World Congress" qui s’ouvre ce lundi à Barcelone accueillera quelque 1 300 entreprises et 47 000 professionnels, une affluence identique à celle de l’édition 2009. Les acteurs de la téléphonie mobile, s’ils sortent de la récession, continuent à être "très prudents", selon les propos de Carolina Milanesi, analyste à l’institut Gartner. Une légère embellie pointe néanmoins le nez: après une stagnation du secteur l’année dernière, une amélioration se dessine pour 2010, notamment pour les téléphones portables (dont les ventes devraient progresser de 9 %).

Le salon devrait surtout faire la part belle aux services et aux logiciels, nouveaux moteurs d’une industrie évaluée à 169 milliards de dollars. Depuis l’arrivée d’Apple et de Google dans le secteur du mobile, Nokia - qui demeure le premier fabricant mondial de téléphones portables - semble avoir perdu de sa superbe, au point qu’il sera officiellement absent du salon pour la première fois de son histoire (tout comme le sud-coréen LG). Si elle tiendra bien quelques conférences en marge du "Mobile World Congress", la marque finlandaise a laissé entendre qu’elle ne présenterait pas de nouveaux modèles de au cours de cette manifestation.

Le salon devrait donc être inondé de mobiles utilisant le système d’exploitation Android de Google ou Windows Mobile de Microsoft (qui pourrait présenter lundi un nouveau logiciel pour téléphones portables). Absent comme à son habitude, l’Américain Apple devrait encore hanter les allées du salon. Il est vrai qu’un certain nombre de poids lourds du secteur, dont Nokia, Samsung et Sony Ericsson, ont été secoués par la tempête déclenchée par l’iPhone (apparu mi-2007) et par l’entrée en jeu de Google. Avec un seul appareil, Apple réalise aujourd’hui plus de bénéfices que Nokia, bien que Nokia dispose lui aussi de son propre système d’exploitation (Symbian), d’une panoplie de services et d’une boutique d’applications.

Le discours inaugural d’Eric Schmidt, directeur général de Google, devrait aussi rappeler au secteur combien les relations et les sources de revenus qui semblaient bien établis peuvent vite changer de mains. Focalisé jusqu’ici essentiellement sur internet et le logiciel, le moteur de recherche a lancé le mois dernier le Nexus One, son premier téléphone vendu sous sa propre marque, montrant ainsi un intérêt nouveau pour le matériel. Sachant combien Google a modifié la relation entre les médias et les annonceurs avec la notion de liens sponsorisés, le secteur des télécoms est naturellement nerveux. D’autant que le moteur de recherche vient d’annoncer qu’il construirait aux Etats-Unis un réseau internet à très haut débit jusqu’à 100 fois plus rapide que les connexions actuelles. "Android est un énorme rocher fonçant droit sur le marché du mobile", a commenté un expert, prédisant une invasion de la plate-forme mobile de Google.

Face aux nouveaux acteurs comme Apple et Google, les fabricants traditionnels de téléphones portables devraient miser sur le volume et les smartphones bon marché en 2010 pour rivaliser, estiment de nombreux analystes du secteur. Leurs appareils bon marché, qui devraient logiquement encore accroître le trafic de données sur le mobile alors que les réseaux commencent à arriver à saturation, permettront aux équipementiers comme Ericsson, Nokia Siemens et Alcatel-Lucent de faire la promotion de la technologie LTE (Long Term Evolution), le successeur de la 3G.P.-F. L. (avec AFP et Reuters)