"GSK, leader mondial ? Quand on me demande où on en est dans le développement du vaccin contre le Covid-19, je suis gêné. On n’est même pas fichu de participer réellement à la course pour le vaccin”, s’exclame Ludovic Calonne, délégué Setca pour les cadres et employés chez GSK alors qu’il participe aux assemblées générales qui se déroulaient mardi sur les sites de GSK à Wavre et Rixensart. Le syndicaliste estime que le groupe continue son désinvestissement dans la filière vaccin et ses projets de délocalisations, faute d’une rentabilité suffisante. Des craintes qu’il avait déjà formulées avant la crise du Covid-19.

La situation a cependant évolué, si ce n’est pas qu’une parenthèse, avec pandémie. Rappelons qu’en ce qui concerne le vaccin contre le Covid-19, GSK produit les adjuvants des vaccins de son partenaire français Sanofi, même s’ils ne devraient pas être au point avant la fin de l’année. Il a également récemment mis son appareil de production à disposition de CureVac pour produire les vaccins à ARN messager de première génération et devrait développer un vaccin de deuxième génération.

Néanmoins, pour les syndicats, le constat est là : les emplois chez GSK sont menacés. “Ils veulent délocaliser la production de vaccins contre l’hépatite B à Singapour alors que c’est celui-ci qui a permis d’apporter les financements à GSK pour devenir ce qu’il est aujourd’hui. Ils veulent aussi délocaliser l’animalerie en Italie, donc il n’y aura plus d’analyses précliniques en Belgique. Il y aura forcément un impact sur l’emploi en Belgique”, affirme Ludovic Calonne, précisant que le nombre de travailleurs au sein du groupe est d’environ 9000 sur notre territoire, dont 5500 environ d’ouvriers, cadres et employés actifs dans la production. Le vaccin contre la malaria serait également concerné par la délocalisation. “Il pourrait y avoir jusqu’à 350 emplois menacés et on se dirige probablement vers un plan Renault bis dans les prochaines années”, alerte-t-il.

Après un préavis de grève déposé la semaine dernière, les travailleurs ont donc décidé, en partie, d’arrêter le travail ce mardi et doivent rencontrer la direction mercredi.

On manque d’ambition. Lorsqu’on a racheté Novartis en 2015, on avait les connaissances et les scientifiques pour la technologie ARN. Mais ils sont partis chez Moderna et autres depuis”, ajoute-t-il, désabusé. “Ils annoncent des investissements sur le site de Wavre pour en fermer d’autres, comme celui de Gembloux”, lâche le syndicaliste.

Des plans sur la table

Elisabeth Van Damme, directrice de la communication chez GSK, reconnaît qu’il y a des possibilités mises sur la table pour une délocalisation de la production de vaccins à Singapour. “Mais rien n’est décidé. Il ne faut pas se focaliser sur un seul vaccin et prendre un peu de recul. Pour l’animalerie, c’est une étude de faisabilité qui est en cours. Cela fait partie de la transformation de nos activités, il n’y a pas de plan de restructuration à prévoir prochainement. La nouvelle structure, à la suite du plan de 2020, se met encore en place”, précise-t-elle. “La Belgique reste importante et est le centre de production le plus important du monde. Mais nos sites évoluent, comme ça a toujours été le cas. D’autres vaccins sont développés et des investissements sont prévus, comme pour celui contre le RSV (virus respiratoire syncytial, NdlR), la méningite ABCWY, etc.”, explique-t-elle, précisant que le groupe a investi 600 millions d’euros sur les sites belges ces quelques dernières années et continue sa recherche et développement où il investit un milliard d’euros chaque année.

“Le site de Rixensart devient vieux, il faut se poser la question de savoir si l’on en recrée un autre ailleurs”, ajoute-t-elle. “La direction souhaite maintenir le dialogue”, tient-elle à préciser.

Les syndicats reprochent également le manque de clarté au niveau ressources humaines en ce qui concerne les CDI proposés aux travailleurs en CDD. Certains parlent même de “copinage”. La FGTB dénonce aussi certaines méthodes comme l’emploi de lunettes à caméra intégrée sans que le conseil d’entreprise en ait été informé.

“Loin d’être confiants”

À l’heure où la concertation sociale se dégrade de plus en plus au sein de l’entreprise et où l’on se moque des travailleurs en leur offrant une marge de négociation salariale de 0,4 %, la FGTB Chimie exprime ses plus grandes craintes pour l’avenir et dénonce les dérives de la direction”, affirme encore le syndicat socialiste.

Pour rappel, le plan de restructuration de GSK en 2020 avait procédé à la suppression de 386 emplois. “Alors que ce plan n’est pas encore finalisé, la direction annonce la prochaine délocalisation de plusieurs départements et produits (…). Nous sommes loin d’être confiants quant à l’avenir du personnel de Wavre et de Rixensart”, commentent les syndicats.

Pour Ludovic Calonne, les études de faisabilité sont une preuve que le processus est déjà bien avancé du côté de la direction.

Le délégué syndical doit encore rencontrer les travailleurs de nuit ce mardi soir. Il affirme que les actions de grèves des travailleurs pourraient s’étendre la semaine prochaine. “Nous allons voir ce que vont donner les discussions mais les travailleurs ne vont pas s’arrêter là. Nous n’allons pas nous laisser faire”, conclut-il.