C’est à l’ombre des regards indiscrets que se déroulent les discussions entre le fédéral et GDF Suez sur la taxe de 500 millions d’euros que les autorités belges entendent imposer à Electrabel (filiale de l’énergéticien français) pour 2009. Les discussions porteraient également de façon indirecte sur le débat relatif à la prolongation de la durée de vie des centrales. L’objectif du fédéral est de trouver un terrain d’entente avec les dirigeants de GDF Suez pour s’assurer une rentrée d’argent suffisamment importante pour soulager le budget. Pour le groupe énergétique français, c’est la prolongation de la durée de vie des centrales qui est dans la balance, ainsi que le souhait de garantir un environnement stable pour ces activités. Mais derrière les discussions se cacherait donc une affaire de gros sous et de sécurité d’approvisionnement énergétique de la Belgique. Sans oublier tout le débat sur les émissions de CO2. "Il y a une volonté de toutes les parties de trouver un accord et, si possible, avant le 13 octobre (NDLR : date de la déclaration de politique fédérale)", nous a confié une source proche du dossier.

En attendant, la Commission de régulation de l’électricité et du gaz (Creg) a bouclé récemment une étude sur le dossier et l’a remis au ministre de l’Energie, Paul Magnette (PS). Selon les conclusions du rapport du régulateur fédéral, l’amortissement accéléré (sur vingt ans au lieu de quarante ans) du parc des centrales nucléaires (5800 MW) aurait rapporté à Electrabel environ 3,9 milliards d’euros au 31 décembre 2008. Il s’agit d’un gain net, dans la mesure où la Creg a déduit tous les investissements d’entretien, de maintenance et d’achats de combustibles.

Le régulateur fédéral a également évalué le retour sur investissement qu’entraînerait la prolongation de la durée de vie du parc nucléaire belge. Il a tenu compte du prix moyen des tarifs actuellement pratiqués par les producteurs d’électricité. Le bénéfice net est évalué à environ 12 milliards d’euros dans le cas d’une prolongation de dix ans, et de quelque 16,8 milliards d’euros si les centrales devaient encore fonctionner pendant vingt ans après la fin de l’échéance de leur durée de vie actuelle. La loi de sortie du nucléaire prévoit une extinction de trois réacteurs (Doel 1 et 2, Tihange 1, soit un total de 1788 MW) en 2015. Le gain annuel en cas de prolongation sur dix ans s’élève à plus d’un milliard et demi.

Electrabel a réagi hier aux informations publiées par nos collègues néerlandophones sur les chiffres de l’étude de la Creg. L’entreprise a confirmé les propos que nous a tenus récemment Gérard Mestrallet lors d’un voyage aux USA. Pour lui, son groupe n’est demandeur de rien. "L’éventuelle décision de prolonger la durée d’exploitation et ses modalités de mise en œuvre sont de nature politique et relèvent, à ce titre, du seul ressort des autorités publiques", a indiqué Electrabel. L’entreprise précise qu’elle préparera un plan de maintenance pour 2015 si la sortie est confirmée ou fera les investissements nécessaires en cas de prolongation. Et rappelle qu’elle conteste devant la Cour constitutionnelle les 250 millions d’euros de contribution que le fédéral lui a imposés en 2008 et qu’elle a d’ailleurs payés avec SPE. Gérard Mestrallet avait évalué les investissements de modernisation des trois centrales (Doel 1 et 2, Tihange 1) à 800 millions d’euros sur cinq ans en cas de prolongation, mais avec un gain net d’environ un milliard d’euros entre 2016 et 2025.