Objectif: amortir le choc (Sabena 4/6)
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Objectif: amortir le choc (Sabena 4/6)

Vincent Slits

Publié le - Mis à jour le

Dans la nuit du 2 au 3 octobre, dans la foulée du dépôt de bilan de Swissair, le conseil d’administration de la Sabena introduit une requête en concordat. L'Etat s'engage, lui, à verser un crédit pont de 125 millions d’euros à la Sabena (à rembourser endéans les 3 mois), qui sera avalisé par la Commission européenne deux semaines plus tard.

Deux jours plus tard, le 5 octobre, le Tribunal de commerce de Bruxelles donne son feu vert à cette période concordataire mais pour deux mois seulement. Méfiance, méfiance car sa présidente Anne-Spiritus Dassesse pressent déjà que cette période sera davantage mise à profit pour préparer la faillite que pour tenter de relancer l’entreprise sur base d’un plan de redressement crédible.

“Mentalement, les membres du conseil d’administration sont acquis à partir de ce moment-là à l’idée que les jours de la Sabena sont comptés”, nous explique un proche du dossier. Certains des administrateurs -Philippe Wilmes en tête- sont pétrifiés à l’idée de poser le moindre acte qui pourrait engager plus tard leur propre responsabilité. Le mot d’ordre est à la prudence. Le monde politique belge, lui, reste à distance. Dépité par les grèves à répétition déclenchées par les pilotes, Guy Verhofstadt n’a qu’une obsession: que tout ce dossier ne perturbe pas trop la présidence belge de l’Union européenne. Décidément, cette Sabena agace le VLD pour qui l’aéroport de Bruxelles-National est bien plus stratégique que cette Sabena coûteuse et dont le personnel est incapable de s’adapter à un environnement concurrentiel. Il faut en finir une fois pour toutes.

Le 8 octobre, une équipe de Mc Kinsey débarque dans les couloirs de Sabena House. Stupeur du côté de la direction de la Sabena qui se demande qui a donné un mandat à ce consultant et qui va payer la note! Une semaine plus tard, soit le 15 octobre, les administrateurs se donnent à nouveau rendez-vous. Christoph Müller explique aux administrateurs que Virgin Express, mais aussi le tandem Hasson/Gutelman ont montré de l’intérêt pour certains actifs de la Sabena. Mais un obstacle bloque toute opération: en cas de reprise de certaines activités, le personnel exigerait d’être repris avec les mêmes avantages que ceux dont ils bénéficient à la Sabena.

Inacceptable aux yeux des repreneurs éventuels! Lors de ce même conseil, Christoph Müller confie une mission délicate à Willy Buisse, ancien membre de la direction de la Sabena: préparer en toute sécurité un plan de retour à Bruxelles-National de tous les avions de la flotte avant la déclaration de faillite. La Sabena n’ayant pas les moyens de financer un plan social, un groupe de travail est mis en place par le gouvernement pour gérer cette problématique. Mais très vite, Tony Jossa, directeur du personnel de la Sabena, acquiert la conviction que l’État entend mettre le minimum sur la table. Sa perplexité gagne au fil des réunions où Rik Daems et Laurette Onkelinx se renvoient la balle. Une situation de blocage qui provoquera, fin octobre, une grosse colère de Christoph Müller jugeant l’attitude du gouvernement belge “irresponsable”.

Pendant ce temps, la mobilisation est générale en Suisse pour tenter de recréer rapidement une nouvelle compagnie sur les cendres de la Swissair mourante. Les cantons, les grandes banques et les grandes multinationales délient les cordons de la bourse. En Belgique, rien de tout cela, le monde économique reste au balcon. Le 26 octobre 2001, Patrick du Bois -en accord avec Christoph Müller et Tony Jossa- prend sa plume et publie notamment dans “La Libre” un appel aux forces vives du pays. Une initiative très mal accueillie par Luc Coene qui, agacé, téléphone le lendemain matin à Christoph Müller. Mais visiblement, la sortie du secrétaire général de la Sabena a ouvert le débat. Dans la plus grande discrétion, une poignée de grands patrons se réunissent pour réfléchir à l’après-Sabena. Parmi eux, on retrouve Maurice Lippens (Fortis) et Etienne Davignon (Société Générale de Belgique) qui deviendront quelques semaines plus tard les “parrains” de SN Brussels Airlines.

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