Le gouvernement français a demandé mardi aux médias de transmettre à la justice les "fichiers" dont ils disposent concernant les cas d'évasion fiscale dans des zones offshore révélés par un consortium de journalisme d'investigation dans le monde.

Intervenant à l'Assemblée nationale, le ministre français du Budget, Bernard Cazeneuve, a "demandé à la presse qui dit détenir des éléments et des fichiers de bien vouloir les communiquer à la justice de manière à ce que celle-ci puisse faire son travail". Selon le quotidien Le Monde, les noms de 130 Français apparaissent dans la base de données "Offshoreleaks".

Le quotidien belge Le Soir, qui a révélé l'affaire du "Offshore leaks" en Belgique, a annoncé mardi qu'il ne fournirait pas les fichiers à la justice comme cette dernière l'a demandé.

Le Soir "ne peut répondre favorablement" à la requête du procureur de Bruxelles, Olivier Coene, qui lui a demandé "de mettre à la disposition de la justice une copie des fichiers informatisés" dont le journal a fait état dans son édition du 4 avril, indique le quotidien sur son site internet.

Cette requête a été faite dans le cadre de l'ouverture d'un procès-verbal contre pour faits de blanchiment à la suite des révélations du Soir sur la base de l'enquête de l'ICIJ (International Consortium of Investigative Journalists). Cette dernière a répertorié une centaine de contribuables belges ayant un compte dans des paradis fiscaux.

Le journaliste ayant examiné les fichiers et "son organe de presse assument leur rôle, celui d'un quatrième pouvoir", explique Le Soir. "Le journaliste a l'obligation de protéger ses sources. Livrer un fichier comporte le risque de permettre l'identification de la personne qui est à la source de la fuite originelle", selon lui.

"Les lecteurs - et la justice - doivent comprendre que nous n'organisons plus nos enquêtes comme il y a 20 ans : afin d'éviter les poursuites pour recel, les fichiers mères de cette enquête ne sont pas localisés en Belgique. Ils se trouvent dans une sorte de 'paradis juridique du data base' ce qui garantit par ailleurs, sous contrôle de l'ICIJ, l'intégrité des données informatiques originelles", poursuit-il.