Libre Eco week-end | Le dossier

Omar Mohout, "Entrepreneurship Fellow" au centre de connaissances technologiques Sirris et professeur d’entrepreneuriat (Antwerp Management School et Solvay Brussels School), scrute et analyse l’écosystème belge des start-up numériques et technologiques comme peu d’autres le font.

Durant l’été, vous avez affirmé que les start-up numériques et technologiques étaient les "grandes gagnantes" de la crise survenue avec la pandémie de Covid-19. Cela vaut-il vraiment pour toutes les start-up ?

Avec le coronavirus, nous avons tous, particuliers comme entreprises, connu un incroyable upgrade en matière de numérisation. Cela veut dire que nous consommons davantage de logiciels et d’applications mobiles, que nous fréquentons davantage les plateformes en ligne, qu’avant la crise. Les premiers à bénéficier de ce digital upgrade, ce sont les sociétés innovantes, qui sont capables de proposer des solutions adaptées à l’époque actuelle. Ces sociétés sont largement représentées par les start-up et scale-up du secteur numérique et technologique. Il faut toutefois rester prudent et éviter les généralisations. Si le marché et la demande pour ces solutions numériques innovantes s’agrandissent, toutes les start-up ne progressent pas. Certaines ne survivront probablement pas à la crise. Dans le domaine de l’événementiel, les start-up rencontrent de très grosses difficultés. À l’opposé, dans le domaine de la santé, pas mal de start-up healthtech ont saisi l’opportunité de la crise pour développer des solutions innovantes. Mais, l’un dans l’autre, on constate que les start-up du digital et de la tech ont connu une accélération de leur croissance au cours des derniers mois.

>> Lire aussi : Les "up and down" des jeunes pousses belges face au Covid-19

On met souvent en évidence le fait que les start-up sont flexibles, agiles, capables de "pivoter" rapidement pour saisir les opportunités. Mais, dans le cas présent, il y a eu un coup d’arrêt brutal de l’activité et, donc, de la demande adressée à ces start-up. Contre ça, elles ne peuvent rien faire.

C’est exact. Mais, sur le moyen/long terme, beaucoup de start-up tireront profit des nouvelles tendances de fond et, en particulier, de la part croissante des dépenses faites en ligne. On ne reviendra pas en arrière. Le coup d’accélérateur donné au digital (vente, marketing, relation client, travail en remote,…) est irréversible et les start-up du numérique en bénéficient déjà. Elles ont gagné en efficacité.

Quels sont les principaux défis auxquelles ces start-up doivent faire face aujourd’hui ?

Le défi majeur, et c’est le cas depuis le début de la crise du coronavirus, c’est la gestion du cash-flow. Les start-up ont moins de revenus alors que leurs coûts fixes stagnent. En temps normal, une start-up a le cash suffisant pour tenir environ douze mois. Dans le contexte actuel, le cash burn s’est accéléré et les start-up ont davantage besoin de capitaux pour continuer à se développer. Et là, tout le monde n’est pas sur un pied d’égalité.

>> Lire aussi : Ces start-up belges qui ont vu leur business décoller grâce au coronavirus

C’est-à-dire ?

Les start-up les plus récentes (early stage), qui doivent encore faire leurs preuves, ont plus de mal à lever des fonds aujourd’hui. Certaines peuvent compter sur les financements publics, mais ce n’est généralement pas suffisant pour passer à un palier supérieur. En revanche, pour les start-up plus matures (late stage), qui ont déjà démontré leur capacité à générer des revenus et attirer des clients, les conditions n’ont jamais été aussi favorables pour lever des capitaux. Il suffit de voir le succès rencontré par les introductions en Bourse (IPO) de Nyxoah et UnifiedPost. Ce sont les winners belges du corona ! Alors que 2020 est loin d’être achevée, on en est déjà à un montant cumulé de 808 millions d’euros pour les sociétés digitales et technologiques (IPO, Séries A/B,…), ce qui est supérieur aux 805 millions de 2017, qui était une année record. C’est aussi la première fois, au cours des dix dernières années, qu’on a deux IPO de sociétés technologiques. Deux sociétés basées en Wallonie, en plus !