"On m'a vendu du rêve mais de l'intérieur, la réalité est tout autre": un vendeur et un ex-vendeur d'Apple Store français racontent à l'AFP les salaires inégaux, les horaires sans cesse changeants et leur frustration de ne pas se sentir valorisés alors qu'on leur demande "toujours plus".

"J'ai toujours des paillettes dans les yeux quand je parle d'Apple, mais ma vision a changé depuis que j'y travaille", raconte un des vendeurs sous couvert d'anonymat, qui travaille au magasin d'Opéra depuis deux ans et sera en grève à l'appel du syndicat SUD vendredi, jour de sortie de l'iPhone5 en France.

"On m'a vendu du rêve mais vu de l'intérieur, la réalité est tout autre. Je suis plutôt satisfait de mon salaire, je gagne environ 24.000 euros bruts par an, mais il n'y a pas de grille salariale publique et on ne comprend pas pourquoi, à poste équivalent, certains gagnent plus, c'est à la tête du client", souligne-t-il.

"Le problème c'est surtout qu'on n'a aucune prime sur les ventes, que je vende un iPhone ou cent, mon salaire est le même, je comprends que des objectifs de vente pourraient engendrer une mauvaise ambiance entre vendeurs, mais la direction pourrait au moins revaloriser nos salaires, c'est pas motivant", explique-t-il.

Pour le jeune homme, ce devrait être "donnant-donnant: on me demande beaucoup, on me dit de viser "l'excellence", et je donne beaucoup donc j'aimerais avoir plus. On en parle entre salariés mais beaucoup ont peur de s'exprimer, c'est un peu ambiance "Big Brother"".

"Bien sûr, on ne me dit pas clairement, "si tu n'es pas content tu t'en vas", mais c'est clair que je ne suis pas irremplaçable. Pour le moment ça va, mais je cherche ailleurs. J'en ai notamment marre que mes horaires changent tout le temps", confie-t-il.

"On demande toujours plus sur un ton joyeux et gai"

L'autre vendeur raconte que lui aussi, "au tout début", était "à fond. J'étais fan de la marque et je débarquais dans le monde magique d'Apple, j'en avais une image prestigieuse", explique ce salarié qui après deux ans au Store d'Opéra (qui emploie 300 salariés), a claqué la porte au printemps dernier.

"Je ne supportais plus les conditions de travail, j'avais l'impression d'être pris pour un imbécile et de ne pas être respecté et écouté par ma direction, bref, j'étais dégoûté", raconte-il.

Il dénonce une "accumulation de problèmes d'organisation, pas normaux pour une boîte de cette taille, comme les salaires qui tombent à plusieurs reprises avec des jours de retard, le fait d'avoir régulièrement mes deux jours de congés qui ne sont pas consécutifs, ou encore le parcours du combattant pour se faire rembourser le "pass Navigo"".

"On nous demande de vendre toujours plus, de faire toujours plus de rendez-vous clients. Et malgré les bonnes ventes, on nous dit que la filiale France est quand même déficitaire car ils devaient investir dans les loyers et les nouvelles boutiques, et donc qu'il n'y a plus d'argent pour nous", dénonce-t-il. "Et le pire, c'est qu'on demande plus sur un ton joyeux et gai, on nous passe la pommade avec ce discours de la +grande famille Apple+ et de la +valeur inestimable des collaborateurs+", déplore-t-il.

"C'est vraiment la politique du +un de perdu, dix de retrouvés+, il y a tellement de personnes qui cherchent à travailler pour Apple. Le système était bien huilé, j'avais l'impression qu'on utilisait au maximum mon énergie puis on m'a fait comprendre que si j'étais à bout, je pouvais prendre la porte, ce que j'ai fait".

Lui aussi évoque les disparités salariales inexplicables, et affirme que la direction "ne veut surtout pas que l'on parle de salaires entre nous, que c'est confidentiel et que ça ne regarde pas les autres, mais c'est juste pour qu'on ne puisse pas comparer!".

Sollicitée par l'AFP, la direction d'Apple France n'a pas réagi à ces déclarations.