Même si elle se trouve encore à bonne distance des principales villes hollandaises ou scandinaves, la Région bruxelloise n’a probablement jamais compté autant de vélos et de trottinettes qu’aujourd’hui. Qu’ils soient électriques ou non, privés ou partagés, les deux roues ont fait un bond en avant, ces derniers mois, dans le centre de Bruxelles (trottoirs compris….). Les Villo ! en libre-service, présents déjà depuis un bon bout de temps, ont été rejoints par tout un peloton de nouvelles solutions de "micro-mobilité", qui ont l’avantage d’être à la fois pratiques et écologiques. Lime, Troty, Billy, Scooty, Poppy, Dott,… On a l’embarras du choix !

Un nouvel acteur, assez discret jusqu’ici, a fait son apparition en novembre. C’est Freel. Le projet, né au sein du studio bruxellois Startup Factory, est piloté par Constantin Vermoere et Julien Jirikoff. Tous deux jeunes diplômés en gestion, ils ont fait le choix de ne pas entrer en concurrence directe avec les acteurs précités. "Notre offre se distingue des autres dans la mesure où elle concerne les entreprises et leurs employés. Nous sommes dans le B2B et non le B2C", explique le duo. Pratiquement, Freel propose aux employés d’une même entreprise une solution pratique, peu chère et respectueuse de l’environnement.

© HAULOT ALEXIS
La start-up, installée chez Co. Station au centre de Bruxelles, met à la disposition de leurs clients (entreprises, start-up, centres d’affaires, espaces de coworking, etc.) un ou plusieurs scooters électriques que les employés peuvent réserver à l’aide d’une application mobile (avec plans et notifications inclus). Pour se rendre à un déjeuner ou passer d’un rendez-vous à un autre, sans être stressé par le trafic, c’est assez pratique. Chaque mois, l’entreprise cliente reçoit une seule facture pour tous les trajets effectués par ses employés. Le gestionnaire de la flotte dispose d’un tableau de bord qui lui permet de suivre et de gérer les scooters loués à Freel en temps réel. Le prix - forfait mensuel de 80 euros et 0,10 euro par minute d’utilisation - inclut une assurance, la maintenance et un casque de protection. Freel propose aussi une offre individuelle pour les navetteurs.

Les deux jeunes entrepreneurs font valoir déjà quelques clients de renom, comme Sodexo, le groupe Cronos, Proxyclick, Klara Festival,… Un projet pilote est aussi en préparation avec Belfius. "Après deux mois, nous avons 55 e-scooters en service payant. Pour 2019, nos objectifs sont de 200 scooters pour l’offre individuelle et 1 200 pour l’offre corporate", avancent Constantin Vermoere et Julien Jirikoff.

Pour financer son lancement et un déploiement aussi rapide que possible, la start-up prépare une levée de fonds qui devrait avoisiner les 600 000 euros. Des moyens qui serviront à renforcer l’équipe de Freel, à assurer le développement la maintenance de la flotte de scooters électriques, et à mener des campagnes marketing. Comme de coutume à la Startup Factory, le studio a pris d’emblée 42,5 % des parts de la société. Spreds (ex-MyMicroInvest) en contrôle 15 %. Le solde est entre les mains des deux co-fondateurs.


L'avis du coach Roald Sieberath (Leansquare)

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Comme je reviens de Californie, je n’ai pas pu échapper à l’omniprésence des trottinettes électriques à (quasi) chaque carrefour des grandes villes. J’ai même pu rencontrer Travis VanderZanden qui, après avoir été COO chez Lyft et VP Growth chez Uber, a lancé Bird à l’été 2017. C’est un des pionniers et leaders de ce marché. C’est peu dire que d’affirmer que c’est en plein boom. Lui-même affirme que la croissance est 20 fois plus rapide que celle de Lyft, ce n’est pas rien ! Les fondateurs de Freel, et le studio Startup Factory qui les a épaulés, ont transposé le concept au marché belge avec intelligence, en prenant en compte nos particularités (fiscales et sociales) : une première formule s’adresse aux navetteurs, facilitant le "dernier kilomètre" vers et depuis la gare. Une nouvelle formule vise le marché de la mobilité à l’intérieur de la ville, en mettant à disposition d’entreprises une petite flotte de trottinettes, avec une "app" qui gère leur réservation et l’usage à la minute. Gros avantage : ces trottinettes restent parquées à l’intérieur des entreprises, ce qui élimine le free floating (dispositif où on dépose le deux roues où l’on veut), qui est vu parfois comme une nuisance urbaine. On n’en est encore qu’aux tout débuts, mais les fondateurs de Freel ont une belle dynamique, avec la signature de premières entreprises utilisatrices. Complètement dans l’air du temps, ils rendent en tout cas possible que votre prochain véhicule de société, à temps partiel, puisse être une trottinette électrique.

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