Quand on interroge les (encore rares…) experts belges à propos des start-up qui, chez nous, ont pris le train de l’intelligence artificielle (IA) en marche, le nom de Radix revient souvent dans le lot (avec Robovision, ML6 ou Faktion). Il faut bien admettre qu’une fois de plus, les jeunes pousses flamandes ont été plus promptes à s’emparer du machine et deep learning pour tenter d’en faire un business. Mais, rassurons-nous, les francophones commencent à s’y mettre aussi. On a pu s’en rendre compte lors d’une précédente session du One Hour Challenge avec Jetpack, Retviews ou Depthen.

Radix, c’est avant tout une équipe de haut vol. Lancée il y a un peu plus d’un an par un jeune trio de fondateurs (Davio Larnout, Laurent Sorber et Florian Goossens), la start-up compte aujourd’hui quinze collaborateurs, dont plusieurs détenteurs d’un doctorat et une dizaine d’ingénieurs qui, s’ils l’avaient voulu, auraient pu rejoindre sans peine, et pour des salaires envieux, une entreprise "tech" déjà bien établie. Mais il faut croire qu’ils ont l’entrepreneuriat dans le sang.

Radix est née au départ de trois convictions. Un : l’IA correspond à la nouvelle génération de logiciel (software 2.0), qui va permettre d’automatiser toute une série de tâches cognitives et d’extraire des informations nouvelles (à travers le big data). Deux : Radix a été fondée pour résoudre des "big problems" (sic) et améliorer la vie des gens. Trois : la start-up souhaite convertir ses clients (entreprises, organisations publiques,…) aux vertus de l’IA. "Mais les convertir de façon pragmatique, en mettant le client au centre et en lui apportant des solutions qui soient à la fois simples et élégantes", insiste Davio Larnout.

© FLEMAL JEAN-LUC
Chez Radix, tout part du contact établi avec le client et du problème qu’il veut résoudre. C’est comme ça qu’est né Talent API, le premier produit de la start-up. Il a été conçu pour des clients tels que le VDAB (équivalent flamand du Forem) et la société House of HR. "La compétition est devenue très forte sur le marché du recrutement. Pour les entreprises, la rapidité est devenue cruciale. Elles doivent identifier les talents et faire les bons choix aussi vite que possible." Radix a donc construit un outil qui permet d’attirer plus de candidats talentueux et de les engager plus rapidement (en fonction des compétences et de l’intérêt des candidats de rejoindre la société qui recrute). La solution de Radix passe par l’identification et le ciblage au travers de la récolte et du traitement de grandes masses de données (en possession des entreprises clientes ou bien récupérées sur Internet).

La solution semble à ce point performante que des contacts ont été noués avec les Nations unies, Pôle Emploi (France) ou encore SD Worx. Mais le portefeuille de clients de Radix ne se limite pas aux ressources humaines. Même si Davio Larnout reste volontairement discret, il évoque des hôpitaux, des groupes de médias, Brussels Airport, etc.

Radix a connu un démarrage sur les chapeaux de roues. En 2018 (premier exercice complet), le chiffre d’affaires s’est élevé à 1,3 million d’euros ! Le business est déjà profitable. À noter aussi que Radix n’a pas dû lever le moindre euro pour se lancer. "Notre ambition est de doubler ou tripler nos revenus chaque année", avance Davio Larnout. "La demande et les opportunités sont là, en tout cas."


L'avis du coach Roald Sieberath (Leansquare)

© MARIE RUSSILLO
Autant l’avouer tout de suite : voilà une entreprise qui a tendance à me parler (je la comprends !) et à me plaire (je perçois sa valeur !). Elle me fait un peu songer à Swan Insights, la boîte de Big data que j’avais co-fondée en 2013 (d’ailleurs, un des co-fondateurs de Radix est passé par là, coïncidence !). Une entreprise de conseil à forte densité de matière grise, qui utilise la data science (aujourd’hui, le machine learning et deep learning) pour apporter un supplément de valeur à ses clients. Et, en particulier, sur des questions de ressources humaines, de recrutement, avec déjà une belle référence (VDAB). La start-up effectue à présent la transition de "service à produit", en ayant la sagesse de le faire de façon très progressive. Leur produit, qui recherche la simplicité et l’élégance, permet au recruteur d’avoir une vue à la fois plus large, plus profonde, plus fouillée des candidats potentiels pour un job. Cela permet entre autres une réactivité au poil des recruteurs, un gage de succès sur des marchés concurrentiels. Ce qui est à saluer, c’est la dynamique et l’enthousiasme que le jeune co-fondateur, Davio Larnout, insuffle à ses équipes. Il souhaite les meilleurs collaborateurs, dans un environnement challengeant (chez BeCentral). Et ça semble marcher puisqu’en à peine un an, l’entreprise est passée de trois fondateurs à une quinzaine de personnes et à plus d’un million de chiffre d’affaires, en étant profitable et bootstrappé (c’est-à-dire sans financement extérieur). Sky seems to be the limit…

© IPM