Entreprises & Start-up

Des cerveaux humains planchent sur un encadrement de l’Intelligence Artificielle.

Un peu plus de 70 ans après l’évocation par le scientifique et écrivain de science-fiction Isaac Asimov des premières lois de la robotique, une poignée de cerveaux actuels est réunie sous une coupole pour tenter de développer un cadre pertinent et sûr pour l’Intelligence Artificielle (IA). C’est que si, génie de l’anticipation, Asimov avait imaginé le "cerveau positronique" des robots et l’avait assorti de trois lois de base, complétées par une loi zéro (mettant en évidence la nécessité de préserver l’humanité avant l’individu), il était dans la fiction. Aujourd’hui, nous sommes entrés dans l’ère de l’Intelligence Artificielle appliquée, comme dans le cas des voitures autonomes. Sans disposer de cadres précis, ni de lois relatives notamment à la responsabilité des machines dotées d’une capacité de décision.

Parmi les fondateurs de l’organisation "Future of Life Institute", on retrouve notamment Jaan Tallinn, cofondateur de Skype, Max Tegmark, professeur au MIT, Viktoriya Krakovna, spécialiste du machine learning à Harvard, Anthony Aguirre, scientifique fondateur d’une plateforme d’intelligence prédictive, et enfin, Meia Chita-Tegmark, chercheuse à la Boston University. Parmi les participants, on comptait, notamment Stephen Hawking, et on y retrouve toujours Elon Musk, le patron de Tesla, particulièrement intéressé par le sujet, l’on s’en doute. Le groupe a accouché d’une liste de 23 principes censés servir de base à tout processus utilisant l’IA. L’objectif étant de canaliser la puissance de ces processus au bénéfice de l’humanité, en responsabilisant les acteurs, en sensibilisant le législateur, et en établissant des normes éthiques et des valeurs de fond. L’organisation rétribue aussi des chercheurs, en collaboration avec d’autres fondations, et avec l’aide financière de mécènes, dont Elon Musk.


Retviews

© Etienne Scholasse
Alors que les soldes d’hiver battent leur plein en Belgique, le projet Retviews qui nous a été présenté par Loïc Winckelmans (cofondateur et CEO) et Lorenzo Pellizzari (cofondateur et CTO) tombe à pic. Que ce soit dans les boutiques physiques ou en ligne, les marques rivalisent de remises pour convaincre les clients en quête de bonnes affaires. C’est surtout vrai dans le domaine des vêtements.

La start-up bruxelloise Retviews, fondée au printemps 2017 par le jeune duo et Michael Lemmer (lequel, atout non négligeable, compte plus de 30 années d’expérience dans l’industrie de la mode), a développé une solution logicielle qui permet aux marques de prêt-à-porter de se comparer entre elles en… temps réel ! Car c’est là que réside l’innovation majeure de Retviews. "Le secteur de la mode et du prêt-à-porter n’était pas particulièrement en avance dans le recours aux nouvelles technologies et à l’analyse de données. Notre ambition est de les rendre "data-driven" et de leur permettre d’avoir un outil de veille sur la concurrence à tout moment", expliquent Loïc et Lorenzo.

Avant même de s’intéresser au secteur de la mode, les deux entrepreneurs, passés par l’école Solvay et la case "consultance", nourrissent un vif intérêt pour le big data et les analytics, deux domaines aujourd’hui en plein essor qui sous-tendent les avancées en matière d’Intelligence Artificielle (IA). Comme nous le rappelle Roald Sieberath, coach chez Leansquare et membre du jury du One Hour Challenge (lire ci-contre), les deux ingénieurs de gestion ont eu leur premier job "data" chez Swan Insights, société cofondée par M. Sieberath. Aujourd’hui, outre Retviews, ils sont aussi impliqués dans l’organisation de la Summer School en Data Science à l’ULB.

L’outil Retviews permet de générer des tableaux de bord et des graphiques très précis grâce à une multitude de filtres. En fonction des besoins de connaissance du retailer sur la concurrence, il va être possible de sélectionner le pays, le(s) concurrent(s) à screener, le type de produit, la taille, le coloris, le prix, la période, les promos, etc. Les algorithmes de Retviews vont récolter toutes les données disponibles sur les boutiques en ligne concernées par ces différents critères. Tout cela va alimenter les décisions stratégiques de l’enseigne, avec l’ambition de faire la différence auprès des clients et d’améliorer sa position concurrentielle. L’utilisateur paiera en fonction du nombre de retailers qu’il souhaite suivre (cela va de 3 000 à 13 000 euros par mois).

La bonne nouvelle, pour Retviews, est que la solution séduit déjà pas mal d’enseignes de référence (The Kooples, Camaïeu, Pimkie, Etam, Jules, Louis Vuitton…). "Et ils resignent !", se réjouissent Loïc et Lorenzo. Présente à la fois à Bruxelles et à Hong Kong, la start-up emploie une quinzaine de collaborateurs. "En 2018, on a réussi à doubler notre MRR (revenu mensuel récurrent, NdlR) et on a l’ambition de le doubler à nouveau en 2019."

Alors que le break-even est en vue, une autre bataille se présente : celle de la croissance. "On est en pleine réflexion sur la stratégie scale-up", concluent, laconiquement, les deux entrepreneurs.


Avis de l'expert Bruno Quinart (Orange Belgium)

© DR
Le secteur de la mode évolue plus rapidement que jamais. Retviews a réussi à créer un produit qui aide les détaillants à survivre dans ce contexte. Sa technologie collecte des informations précieuses auprès des concurrents, les classe automatiquement et les rend disponibles via une simple interface web au revendeur. L’automatisation rend la profondeur et la fraîcheur de l’information incomparables. Retviews a trouvé un créneau spécifique et a réussi à conquérir rapidement sa place. Il est déjà bien établi chez de nombreux détaillants en France. Il présente un bon potentiel de croissance grâce à son expansion géographique en Europe et peut cibler d’autres secteurs dotés d’une dynamique similaire (aménagement d’intérieur, lifestyle…). À ce jour, la concurrence se limite à quelques start-up spécialisées. Retviews dispose d’un portefeuille de clients diversifié et de revenus principalement récurrents. Si elle parvient à renouveler ses clients, Retviews disposera d’une bonne base financière et sa rentabilité est déjà proche.

© IPM

Avis du coach Roald Sieberath (Leansquare)

© MARIE RUSSILLO
L’industrie du big data et des analytics est arrivée à un stade de maturité tel que cela a beaucoup de sens de spécialiser l’approche dans un vertical. La vision de Retviews est simple et efficace : aider le secteur du retail, en particulier dans la mode. On sait que ce secteur a connu un changement radical de cadence à suivre des leaders, comme Zara, qui renouvellent des collections tous les quinze jours. Un responsable des achats chez un retailer fashion peut tirer un bénéfice énorme d’une connaissance fine de ce que font les concurrents, avoir des indices sur ce qui se vend, ne se vend pas, des remises, de la disponibilité des différentes tailles, des coloris qui partent, etc. En utilisant la reconnaissance d’image, du text mining et une connaissance fine du secteur, Retviews a pu assembler un outil automatique et intelligent capable d’afficher, en temps réel, toutes sortes de tableaux de bord et graphiques. Sur la base de premiers business cases, il semble difficile de se passer de l’outil une fois que l’on y a goûté… Le succès est au rendez-vous : en moins de deux ans, Retviews est devenu une référence dans sa niche de marché. On est à présent dans les happy problems d’une boîte en croissance : choisir les bons leviers pour la prochaine phase de croissance et s’imposer comme un leader en Europe (ou au-delà ?).

© IPM