Entreprises & Start-up

Le monde de la pharmacie n’échappe pas à la vague de la numérisation et du commerce en ligne. En milieu urbain, l’accès à une pharmacie de quartier demeure le plus souvent. C’est moins le cas en milieu rural. Pour certaines personnes, tout particulièrement les personnes isolées et les malades chroniques, s’approvisionner en médicaments peut s’avérer plus compliqué dans un contexte où le nombre de (petites) pharmacies a tendance à régresser.

C’est pour (re) connecter les patients qui en ont le plus besoin avec les pharmaciens que Michel Pierret et Bastien Van Wylick ont lancé le projet Take Care. "On l’a pitché lors d’un hackathon, il y a environ un an et demi, avant de créer la société l’an dernier. L’idée de base, c’est d’assurer une livraison sécurisée de médicaments auprès de patients", résume Michel Pierret (qui, en 2001, fonda Le Journal du Pharmacien, publication rachetée ensuite par le groupe Roularta). Il a pu associer sa connaissance du secteur de la pharma avec les compétences de son cofondateur dans le domaine du numérique.

Le résultat de leur travail, qui en est encore au stade du "MVP" (Minimum Viable Product), prend la forme à la fois d’un site Internet et d’une application mobile. La procédure est assez simple. Dans un premier temps, le patient se rend sur le site de Take Care qui va le géolocaliser et, s’il le souhaite, lancer un chat en ligne avec un pharmacien. Si le médicament est soumis à prescription, le patient devra envoyer une prescription en format numérique (à télécharger ou à scanner). Un livreur peut aussi venir chercher la prescription au domicile. La commande est ensuite envoyée au pharmacien le plus proche (après vérification de la disponibilité du médicament auprès du pharmacien retenu). La livraison se fait le jour même à l’adresse et au moment choisis par le patient.

© HAULOT ALEXIS
Actuellement, Take Care ne dessert que la zone de Bruxelles. La livraison des commandes, en colis sécurisés, se fait par l’intermédiaire d’une coopérative bruxelloise de bikers. "Nous garantissons évidemment la sécurité des données et le respect de la vie privée", précise Michel Pierret.

L’un des enjeux de la start-up bruxelloise est de convaincre les pharmaciens d’entrer dans ce type de dispositif. Jusqu’ici, Take Care a noué des contacts avec une vingtaine de pharmaciens indépendants et un groupement de pharmaciens. Des discussions sont aussi en cours avec une mutuelle. Le business model étant basé sur une commission prélevée sur les commandes, il est évidemment important de pouvoir atteindre une certaine taille critique (en termes de volumes à livrer).

Take Care, dont l’équipe se compose actuellement de quatre personnes, est à la recherche d’investisseurs. "Nous cherchons à lever 300 000 euros dès cette année, précise Michel Pierret. On sera prêt à se lancer dès qu’on aura fait cette première levée de fonds."

Les deux fondateurs de Take Care sont en tout cas ambitieux. En 2019, ils visent déjà un chiffre d’affaires compris entre 500 et 600 000 euros, pour grimper à 2,5 millions en 2020. Mais, comme le répète M. Pierret, tout dépendra du nombre de pharmaciens qui adhéreront à la solution…


L'avis du coach Roald Sieberath (Leansquare)

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Le last mile, le dernier kilomètre : c’est un sujet qui reçoit beaucoup d’attention dans tous les projets de logistique, de livraison…, parce qu’il constitue une étape peu évidente et, donc, potentiellement créatrice de beaucoup de valeur. Il suffit de penser à Deliveroo ou Uber Eats, qui ont révolutionné le transport de plats chauds, pour s’en rendre compte. Take Care est peut-être moins "chaud", mais la start-up s’appuie sur un besoin autrement pressant : celui de patients, généralement âgés, qui ont besoin de médicaments dans une relative urgence. On est dans une tout autre logique qu’un Deliveroo (et, d’ailleurs, Take Care évite la comparaison) et des points d’attention particuliers nécessitent un besoin spécifique : le public n’est pas spécialement demandeur d’une application mobile (on préférera donc un site web) ; le pharmacien, quant à lui, souhaite garder une relation de conseil (on orientera donc vers un chat).

Et ça démarre progressivement, avec des dizaines de livraisons par semaine. Pour Take Care, nous avons l’impression que le succès doit passer par un bon contrôle des coûts (un partenariat avec HushRush ou BringMe, par exemple, pour éviter d’avoir ses propres coursiers) et par une diffusion en volume (malades chroniques, à toucher via des associations de patients). On peut rêver d’un tour de financement pour scaler, mais uniquement après avoir maîtrisé la rentabilité et avoir atteint un product-market fit.

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