"Opel Anvers garde un avenir"

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PIERRE-FRANÇOIS LOVENS

Publié le

"Opel Anvers garde un avenir"
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On sait, depuis la fin de la semaine dernière, que le constructeur automobile Opel sera désormais piloté par le consortium canado-russe Magna/Sberbank (55% du capital). Le groupe américain General Motors (GM) conservera une participation minoritaire de 35%. Ce choix, fortement influencé par la chancelière allemande Angela Merkel, scelle-t-il définitivement le sort des 2 600 employés d'Opel Anvers, comme on a pu l'entendre ces derniers jours? Ou bien y a-t-il encore une chance de sauver le site anversois de la fermeture? Nous avons interrogé Eric Desomer, associé chez le consultant Deloitte, où il est en charge du secteur automobile.

Le choix de l'équipementier automobile canadien Magna était-il le bon pour Opel?

Il y avait quatre options sur la table: Magna, le holding RHJ International, le maintien au sein de General Motors ou bien, option purement théorique, la mise en liquidation. Avec RHJ, qui était une solution financière transitoire, GM aurait pu se donner la possibilité de racheter Opel ultérieurement. L'option interne, quant à elle, plaisait bien à GM car l'une de ses grandes craintes était de subir des transferts de technologies, en particulier celles liées aux plus petites voitures, vers la Russie (NdlR: via la présence dans le capital de Sberbank et son partenaire industriel GAS). Mais dès le moment où GM a pu trouver la parade à ce risque, grâce au maintien d'une importante participation minoritaire, GM a fait le choix industriel de Magna.

Choix industriel et... politique?

Oui, dans le sens où l'Allemagne avait clairement dit que Magna était la seule option qu'elle soutiendrait financièrement.

Les carottes sont-elles définitivement cuites pour le site Opel d'Anvers? On a dit que le "business plan" de Magna prévoyait un démantèlement progressif...

La stratégie de Magna n'est pas de produire exclusivement des voitures de marque Opel. Ils vont bien entendu développer la marque, notamment en Russie, mais également utiliser les capacités de production d'Opel dans le cadre de leur "business model" actuel, lequel consiste à produire non seulement des pièces détachées mais aussi des automobiles pour d'autres marques. Magna agit déjà de la sorte pour BMW et Chrysler dans son usine de Graz en Autriche. Dans ce cadre-là, Magna pourrait fort bien utiliser le site d'Anvers. Mais avec un grand point d'interrogation: actuellement, les ventes d'automobiles en Europe sont très faibles et tous les constructeurs se trouvent en surcapacités de production (de l'ordre de 30% pour Opel, NdlR). Pour qu'Anvers puisse avoir une chance de survie à terme, il faudrait qu'il y ait une reprise des ventes et donc de la production.

Au-delà de la conjoncture, le site d'Anvers ne dispose-t-il pas d'atouts qu'on ne retrouve pas forcément dans tous les sites allemands d'Opel?

Oui, mais il ne faut pas oublier qu'on construit de plus en plus de manière régionale, c'est-à-dire avec des sites proches de la clientèle. Or, les capacités de croissance des ventes d'automobiles se trouvent aujourd'hui plus vers l'Est que l'Ouest de l'Europe. Donc, s'il y a des capacités de production à maintenir ou à développer, ce sera plus en Europe orientale qu'on le fera. Dans ce cas-là, la position d'Anvers - mais aussi de l'Angleterre - moins favorable.

Anvers conserve un avenir, selon vous?

Oui. Mais son avenir est, selon moi, celui d'une implantation plus petite, plus flexible et plus innovante, un peu à l'image d'Audi à Forest. On pourrait avoir à Anvers une usine qui se positionne à la fois sur les technologies du futur (voiture électrique, etc.) et la production de pièces destinées à d'autres constructeurs.

© La Libre Belgique 2009

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