Jour J. A l’usine Opel Anvers, tous les yeux seront tournés vers les Etats-Unis ce mardi. En principe, c’est aujourd’hui que General Motors doit présenter au Congrès américain son plan de restructuration (lire par ailleurs). GM a reçu un ballon d’oxygène de 13,4 milliards de dollars (10,5 milliards d’euros) du gouvernement américain mais doit rendre des comptes en échange de ce prêt d’argent public.

10,5 milliards, c’est trois fois plus que ce qui a été octroyé à Chrysler. Quant au troisième constructeur américain, le groupe Ford, il n’a pas encore fait appel à l’argent de l’Etat.

Article 11

Selon le "Wall Street Journal", deux scénarii tiendraient la corde. Le premier verrait, comme prévu, GM demander un crédit supplémentaire de 3 milliards de dollars. Mais cette hypothèse-là aurait du plomb dans l’aile.

L’autre scénario est celui de l’"article 11", en quelque sorte l’équivalent américain du concordat judiciaire, soit une formule permettant d’éviter la faillite de l’entreprise en la mettant à l’abri de ses créanciers. Cette option du "Chapter 11" permettrait de séparer les activités les plus rentables des autres au sein de GM. Or, globalement, Opel Europe marche plutôt mieux que le reste du groupe. Selon Alain Visser, le numéro deux de GM-Europe, cité par le quotidien économique allemand "Handelsblatt", les ventes de la Corsa et de l’Agila sont même reparties à la hausse depuis l’introduction d’une "prime à la casse" en Allemagne en janvier dernier.

Et cette option du "stand alone" pour Opel a même les faveurs de Rudi Kennes, le chef de la délégation syndicale FGTB d’Opel Anvers.

Et Opel Anvers dans tout cela, justement ? Pour autant, les nouvelles ne semblent pas bonnes. Selon le magazine spécialisé "Automotive News Europe", qui ne cite pas ses sources, General Motors envisagerait la fermeture d’au moins trois sites de construction en Europe afin d’adapter la production à une demande en baisse. Et l’un de ces sites serait celui d’Opel Anvers, les deux autres étant Ellesmere Port, dans le nord-ouest de l’Angleterre, et l’un des sites allemands. Impossible à vérifier, évidemment.

Fermeture à Anvers ?

Une fermeture pure et simple de l’usine d’Anvers ? Pour l’heure, le gouvernement flamand refuse de l’envisager. Outre les 2 600 ou 2 700 emplois directs de l’usine, ce seraient 10 à 12 000 emplois chez des sous-traitants qui risqueraient de passer à la trappe. Interviewé par nos confrères du "Standaard", Dirk Van Mechelen, le vice-Premier libéral flamand estime que l’usine anversoise ne manque pas d’atouts. Plus performante et mieux située selon lui que les usines allemandes. Il estime aussi que le différentiel salarial avec les pays d’Europe de l’Est s’amenuise rapidement, vu les hausses régulières de salaire dans les nouveaux pays membres de l’Union européenne.

Reste le risque de la course au protectionnisme entre les différents pays européens. Lundi, selon la "Westdeutschen Allgemeine Zeitung" (WAZ), les trois Länder allemands sur le territoire desquels se trouve une usine Opel (les deux Rhénanies et la Hesse) négociaient avec le gouvernement d’Angela Merkel sur une éventuelle prise de participation publique dans les usines allemandes du constructeur automobile qui emploient 26 000 travailleurs outre-Rhin. Et l’on peut craindre que, si les pouvoirs publics allemands investissent massivement dans Opel, leur priorité ne soit pas l’emploi en Belgique.

Hier, l’inquiétude était palpable dans les rangs syndicaux : ceux-ci ont diffusé un tract sur l’ensemble des sites du groupe sur le Vieux Continent. "L’actuel plan de restructuration pour General Motors Europe, tel qu’il est prévu dans le plan mis en place pour les Etats-Unis, n’est pas viable pour les marques et les entreprises. C’est la fin des opérations européennes et cela comporte de grands risques pour le groupe", pouvait-on lire dans ce document. Et d’enfoncer le clou : le plan, comme il est présenté, "va conduire à l’effondrement d’Opel/Vauxhall d’ici 1,5 à 2 ans au plus tard". Les syndicats européens insistent sur le fait que leur "plan B" - qui prévoit une certaine autonomie pour GM Europe - "est la seule option raisonnable et faisable".