Le sort de l'usine Opel d'Anvers semble scellé: une fermeture progressive du site belge est en effet le scénario le plus probable après l'accord intervenu jeudi sur le rachat d'Opel par l'équipementier canadien Magna (lire notre précédente édition). Le personnel politique belge n'en espère pas moins arriver à préserver l'implantation anversoise (2 600 emplois directs), à l'image du gouvernement flamand qui a de longue date été à la pointe du combat.

Le gouvernement de Kris Peeters peut en tout cas compter sur le soutien du gouvernement fédéral, tout autant déterminé à éviter un bain de sang social (la fermeture du site entraînerait jusqu'à 5000 pertes d'emplois directs et indirects, selon fédération technologique Agoria). "L'accord définitif de cette reprise n'est pas encore scellé. Le gouvernement fédéral continuera de soutenir les efforts du gouvernement flamand pour parvenir à un accord avec Magna sur le maintien du site d'Opel à Anvers", soulignait ainsi vendredi un communiqué du Premier ministre Herman Van Rompuy.

La Belgique compte sur l'Europe pour vérifier que les fermetures attendues de plusieurs sites européens d'Opel le seront en fonction de critères économiques objectifs. Ce qui n'est pas sûr... D'aucuns soupçonnent en effet l'Allemagne d'avoir en quelque sorte marchandé la sauvegarde de l'emploi en Allemagne - Opel emploie 25 000 personnes outre-Rhin - en échange d'un paquet financier de plusieurs milliards d'euros. Le ministre des Finances allemand a d'ailleurs été très clair à ce sujet: il n'est pas question que ces milliards d'euros servent "pour un plan de fermeture en Allemagne".

Le gouvernement flamand a pris l'initiative de demander à la Commission européenne d'examiner si l'Allemagne n'a pas pris de décisions à caractère protectionniste. Une initiative soutenue par Herman Van Rompuy et son ministre des Finances Didier Reynders. "Il faut éviter que des mesures protectionnistes viennent sauvegarder l'activité dans un pays et la détruire dans l'autre", a souligné ce dernier.

Le ministre-président flamand Kris Peeters doit rencontrer lundi le Commissaire européen à l'Industrie, Günther Verheugen. "Toute aide financière potentielle des autorités publiques doit être totalement compatible avec les règles de l'UE", a rappelé dès vendredi le porte-parole de la Commission, Johannes Laitenberger. "En particulier, les aides publiques ne peuvent pas être soumises à des conditions supplémentaires, non économiques, concernant la localisation des investissements et/ou la distribution géographique des mesures de restructurations", a-t-il ajouté.

L'ancien Premier ministre Guy Verhofstadt "exige", quant à lui, de la Commission européenne "qu'elle lance une enquête pour vérifier que toutes les règles ont bien été suivies". En sa qualité de président du groupe libéral au Parlement européen, il compte mettre à l'ordre du jour un débat sur ce dossier.

Quant aux principaux intéressés, ils ne semblent plus se faire trop d'illusions. Mais pas question, pour l'instant, de partir en grève. "Ce n'est vraiment pas le moment de lancer des actions. Sinon, c'est clair qu'Anvers va immédiatement fermer ses portes", a expliqué Luc Van Grinsven, représentant de la CSC. En signe de solidarité, les syndicats européens d'Opel doivent en tout cas se réunir le 23 septembre à Anvers pour préparer les négociations avec Magna.

© La Libre Belgique 2009